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Recréer les odeurs pour comprendre l'Histoire

Slate.fr, mis à jour le 19.07.2011 à 15 h 27

Nostrils/David Shankbone via Wikimedia Commons

Nostrils/David Shankbone via Wikimedia Commons

Quand il s’agit de parcourir l’Histoire, on se reconnecte avec le passé principalement de manière visuelle, en observant des objets dans un musée, des photographies dans un documentaire, l’écriture d’un manuscrit. On écoute aussi parfois un vieux discours ou on touche une antiquité en se demandant comment l’objet était autrefois utilisé. Mais «notre connaissance du passé est presque totalement désodorisé», déplore la journaliste Courtney Humphries du Boston Globe dans un article sur les historiens qui essayent de recréer les odeurs du passé, et de conserver les odeurs du présent.

C’est aller un peu loin de dire que l’on pourra bientôt «sentir le passé», mais l’innovation technologique permet de prendre en compte les odeurs comme des témoignages historiques du passé. Il est déjà possible de sentir des parfums portés il y a un siècle, de recréer la senteur d’une fleur rare même en cas d’extinction de l’espèce, et de mieux comprendre les odeurs que les cultures anciennes appréciaient ou détestaient.

Pour l’historien des senteurs Mark Smith, c’est là un travail essentiel pour retrouver une richesse historique:

 «Il me paraît incroyable de vivre dans un monde où nous utilisons quotidiennement tous nos sens mais nous imaginons le passé sans odeur.» 

Remettre des odeurs dans leur contexte historique ajoute une nouvelle dimension à la compréhension du monde car certaines d’entre elles évoluent ou disparaissent, d’autres font leur apparition. Ainsi, les notes de jasmin et de cuir d’un parfum Chanel de 1927 permettent de mieux comprendre la tendance à l’androgynie des femmes de cette époque. Les parfums sucrés et gourmands des parfums actuels permet d’en apprendre sur la féminité d’aujourd’hui.  

Selon le parfumeur Christophe Laudamiel, «les senteurs sont très liées à la mémoire» et doivent être prise en compte car «elles permettent de se souvenir du passé et d’apprendre de ses expériences».

Ce que l’on sent dans nos villes, chez soi et dans la nature fait tout autant partie de nos vies que ce que l’on voit, entend et touche. D’autant que les informations olfactives subissent un traitement particulier par notre cerveau, puisque celles-ci sont directement envoyées dans une zone liée à l’hippocampe et au complexe amygdalien qui gèrent la mémoire et les émotions. De plus, des études ont montré que la mémoire des odeurs est gérée par le cerveau de façon à rester forte et durable.

Dans les musées et au cinéma

Selon Mark Smith, il faut aussi prendre en compte «le contexte de l’odeur». Sa perception n’est pas la même à des époques différentes, comme dans le cas d’une peinture de la renaissance qui n’était pas perçue de la même à son époque qu’aujourd’hui. Il est donc nécessaire d’expliquer le contexte historique de la senteur comme pour les objets dans les musées.

En France, il existe un conservatoire international des parfums appelé Osmothèque à Versailles. Mais d’autres établissements, sans être spécialisé dans le domaine olfactif, enrichissent leur collection grâce aux senteurs.

Depuis juin 2011, le musée des commerces d'autrefois de Rochefort offre à ses visiteurs la possibilité nostalgique de «tester leur nez au gré des différentes boutiques reconstituées à la mode 1900», raconte le journal Sud Ouest. L’établissement offre un large éventail de senteurs reconstituées, comme l'explique l'article, «d'un parfum de clou de girofle devant le cabinet dentaire jusqu'aux effluves de colle face à la librairie, la plupart des arômes début de siècle sont ici subtilement diffusés».

«À l'origine, ce sont des visiteurs qui nous ont suggéré d'associer ces odeurs à la perception visuelle», explique le directeur du musée. Il s'agit de diffuseurs manuels que le visiteur actionne à sa guise afin de pouvoir deviner la nature de l'odeur. Certaines sont évidentes, comme celle du café torréfié, d'autres beaucoup moins.

Le cinéma s’est un temps intéressé aux odeurs, avec notamment le concept Odorama comme dans le film Polyester de John Waters (1981) où des cartes  odorantes munies de numéros étaient distribuées aux spectateurs afin de renifler l’odeur de fleur, de pizza, de colle, d'herbe ou d'excréments.

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