L'étrange succès d'un DVD d'éducation sexuelle en Iran

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C’est un pays où les garçons et les filles ne peuvent pas flirter en public, voire rouler dans la même voiture, sans risquer de subir les foudres de la police des mœurs. C’est un pays où les 70.000 hommes qui composent cette force de police sont chargés d’appliquer les nouvelles directives des Mollahs: réprimer les foulards un peu lâches et les pantalons un peu courts des femmes, ne pas tolérer certaines coupes de cheveux et les colliers des hommes. Depuis quelques semaines en Iran, même le fait de posséder un chien est considéré comme contraire aux usages de la république islamique, parce c’est le symbole de l’invasion et de l’imitation de «la vulgaire culture occidentale», raconte The Guardian.

Autant dire qu’apprendre que le produit phare des pharmacies du pays n’est pas l’aspirine ou la vitamine C, mais un DVD d’éducation sexuel, «partenaire chéri», est surprenant à plus d’un titre. En Iran, où la nudité et les paroles crues sont particulièrement visées par la censure,  ce DVD a surtout reçu l’approbation du ministère de la Santé et du ministère de la Culture et de la Foi.

Ce qui n’était pas gagné au départ, car il a fallu plus de deux ans pour produire ce film qui, pour la première fois, «utilise des mots simples, mais sans équivoque, interdits jusqu’à présent à la radio et la télévision», raconte Mohammad Reza Alizadeh, le producteur au magazine Hamshahriye Javan, cité par le DailyBeast. «Les thèmes sont tabous et personne ne voulait nous donner la permission de faire le film».

Y compris ceux qui ont finalement accordé leur visa. C’est donc sans le consentement que le producteur s’est lancé dans la fabrication du film. La ténacité du producteur a payé : le DVD, interdit aux moins de 18 ans et vendu 4$, est un carton et se vend donc comme des petits pains. «Nous en avons vendus des centaines depuis sa sortie», raconte au DailyBeast un pharmacien qui a préféré rester anonyme, tant le sujet est sensible. A des jeunes couples comme à des personnes plus âgées. Succès aussi dans les quartiers les plus conservateurs de Téhéran. 

Autant de signes, estiment certains observateurs de la société iranienne, que l’éducation traditionnelle ne suffit pas, notamment pour des sujets comme la sexualité. D’où le succès des sites pornos en Iran, avant la révolution manquée de 2009. «Il y a une énorme différence entre l’évolution de la société et l’image que le gouvernement essaie de définir», conclut une psychologue au DailyBeast.