France

Affaire Karachi: l'hypothèse des rétrocommissions confortée par un témoignage

Slate.fr, mis à jour le 08.07.2011 à 14 h 11

Renaud Van Ruymbeke en 1994. REUTERS

Renaud Van Ruymbeke en 1994. REUTERS

D'où viennent les 20 millions de francs suspects de la campagne d'Edouard Balladur lors de la présidentielle 1995? Un témoignage de Pierre Mongin, chef de cabinet de Balladur en 1993, conforterait l'hypothèse du juge Renaud Van Ruymbeke  selon laquelle cette fameuse campagne aurait été financée par des rétrocommissions. C'est ce que rapporte LeMonde.fr ce vendredi 8 juillet, dans un article signé Gérard Davet et Fabrice Lhomme, auteur de plusieurs ouvrages sur l'affaire Karachi (Le Contrat. Karachi, l'affaire que Sarkozy voudrait oublier et Renaud Van Ruymbeke, Privé, 2006).

Depuis 1992, l’affaire Karachi, très bien expliquée dans une infographie du Monde.fr, mêle des volets à la fois politique, militaire et financier. Plusieurs juges ont été sollicités afin d’éclaircir le dossier et notamment de déterminer les coupables de l’attentat survenu à Karachi (Pakistan) en 2002, ayant fait 14 morts, dont 11 ouvriers de la DCN (Direction des constructions navales), société commanditée par la France pour la construction de 3 sous-marins vendus au Pakistan. Dès 1995, Van Ruymbeke s’est occupé de lancer une enquête sur l’hypothèse d’un financement de la campagne Balladur par des rétrocommissions, à la suite de la découverte de fonds de campagne suspects. Comme Slate.fr l'avait expliqué dans l’article «10 questions sur l’affaire Karachi», ces rétrocommissions correspondent au retour dans le pays d’origine de sommes d’argent supposées servir à payer des intermédiaires dans la signature d’un contrat.

Les propos de Mongin, le «témoin-clef» dont il est question dans l'article du Monde.fr, redonnent l'espoir d'éclaircir la question du financement occulte de la campagne présidentielle de 1995. Il déclare que les fonds secrets de Matignon n'avaient pas été mobilisés pendant la campagne de 1995:

«Je n'ai pas personnellement, dans la gestion de ces fonds, attribué de l'argent à la campagne de M. Balladur (...) Je n'ai pas remis d'espèces directement à M. Balladur.»

En effet, plusieurs hypothèses ont été émises à propos de ces sommes d'argent suspectes. Parmi elles, celle d’un financement par des collectes lors des meetings, une hypothèse déjà démentie. Si les 20 millions de francs suspects ne provienent ni des fonds secrets de Matignon ni des meetings, il ne resterait qu'une seule hypothèse, selon Van Ruymbeke, expliquent les deux enquêteurs du Monde:

«Les 20 millions de francs suspects auraient été obtenus via des intermédiaires imposés par le cabinet de François Léotard lors des négociations finales des contrats de livraison d'armes Agosta et Sawari II signés en 1994. Les faramineuses commissions promises aux intermédiaires se seraient ensuite transformées en rétrocommissions.»

Le juge d'instruction soupçonne aussi la présence de rétrocommissions à propos d’un troisième contrat d’armement. En effet, jusque-là les doutes portaient sur deux contrats:«Agosta»(vente de sous-marins au Pakistant) et «Sawari II» (vente de frégates à l'Arabie saoudite). L’existence éventuelle d’un troisième contrat aurait permis d’augmenter le montant des rétrocommissions revenant au gouvernement. Rien n’a encore été prouvé concernant ce contrat mais Me Maurice, l’un des représentants des parties civiles rappelle:

«Les familles des victimes demandent (…) que tous ceux qui font partie de la chaîne de responsabilité soient mis en cause par la justice.»


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