France

Affaire DSK: les méthodes du procureur remises en cause

Slate.fr, mis à jour le 05.07.2011 à 10 h 14

  • Dominique Strauss-Kahn a été libéré sur parole vendredi 1er juillet
  • La crédibilité de la plaignante a été sérieusement mise en doute par l’enquête du procureur de New York
  • Des proches de DSK ont mis en cause le groupe Accor et le renseignement français pour leur rôle dans l’affaire

Les derniers développements de l'affaire DSK, après la remise en liberté sur parole de l'ancien directeur général du FMI vendredi 1 er juillet. Pour un résumé des événements du week-end, cliquez ici.

L'affaire DSK affaiblit le bureau du procureur, déjà critiqué pour deux acquittements récents

[New York Times] Depuis que Cyrus R. Vance Junior a pris ses fonctions en tant que procureur à Manhattan, au début de l'année 2010, «le moral dans certains départements du bureau a commencé a baisser, en partie parce que [Cyrus Vance] a renvoyé plusieurs procureurs. Les relations avec un des partenaires principaux du bureau, le département de police, sont devenues plus tendues au fil du temps, les deux agences sont entrées en compétition sur plusieurs sujets, dont les initiatives anticrimes, ont avoué des représentants officiels des deux parties».

Dans les semaines précédant l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn, le bureau du procureur a perdu deux affaires importantes. L'une concernait une plainte envers deux policiers de New York, pour tentative de viol sur une femme ivre; ils ont été acquittés de l'accusation de viol, mais jugés coupables pour des faits moins graves. L'autre concernait une accusation de terrorisme envers deux hommes accusés d'avoir planifié des attaques sur plusieurs synagogues de la ville. Les accusations les plus importantes ont de nouveau été abandonnées.

Pour pouvoir conserver Dominique Strauss-Kahn en garde à vue, le procureur devait obtenir un acte d'accusation sous cinq jours, ce qu'il a choisi de faire, sans prendre le temps d'enquêter plus sérieusement sur l'accusatrice. (L'autre solution était d'accepter une mise en liberté sous caution en attendant l'enquête, au risque de voir Dominique Strauss-Kahn payer la caution et rentrer en France).

Certains ont critiqué le bureau de Cyrus Vance, qui traite 110.000 affaires par an, arguant que le bureau n'était pas familier avec le type de problèmes associés aux crimes sexuels. «Certaines des choses qui ont été découvertes, ainsi que d'autres, qui l'auraient été par une enquête approfondie menée par des gens ayant l'expérience nécessaire, seraient ressorties plus rapidement», a commenté un représentant du bureau du procureur.

Le rapport des médias étrangers à la culture «tabloïd» new-yorkaise

[WashingtonPost]  «À New York, on sourit des gros titres à propos de la femme de chambre aujourd'hui, mais on n'y croit pas forcément», commente Nathan King, un correspondant de France24 à New York. «En France, ils ne comprennent pas.»

Le Washington Post publie ce 4 juillet un article qui tente d'expliquer le «maelström médiatique estival»consécutif à l'affaire Strauss-Kahn, et notamment d'expliquer la culture des tabloïds, ces journaux à scandales bien connus des lecteurs anglophones.

«Ce qui a rendu la couverture médiatique si différente pour le bureau du procureur c'est que les tabloïds ont fait ce qu'ils ont toujours fait, mais que leur lectorat a changé. Maintenant, plusieurs journalistes étrangers pas toujours au fait de la “blague” suivent aussi ces tabloïds, alors que ceux-ci cherchent surtout à écrire des articles qui provoquent les lecteurs. La presse étrangère a cité le New York Post comme si c'était le New York Times.»

Maintenant que l'enquête a fourni de nouvelles informations quant au passé de la témoin principale, informations qui la décrédibilisent et pourraient enterrer l'affaire, le camp Strauss-Kahn voudrait voir les médias new-yorkais montrer plus de scrupules. «Ce n'est pas de cette manière que les tabloïds fonctionnent», relate le Washington Post.

Martine Aubry sera candidate à la primaire «jusqu’au bout»

[France 2, La Dépêche] Martine Aubry a déclaré dimanche 3 juillet au journal de 20h de France 2 qu’elle maintiendrait «jusqu’au bout» sa candidature à la primaire du PS, y compris en cas de candidature de DSK. Elle a également estimé que si ce dernier décidait de revernir, «personne n’osera lui opposer un quelconque calendrier». Selon la Dépêche, il s’agit là d’une manœuvre tactique de la part de la première secrétaire du PS (Harlem Désir assure actuellement l'intérim, depuis qu'elle s'est déclarée candidate):

«Comme Hollande et Royal, [Martine Aubry] joue tactique en se montrant magnanime envers DSK. En fait tous trois sont persuadés que celui-ci ne se lancera pas dans la bataille. Et Aubry espère bien qu’en vertu de leur accord passé, Strauss-Kahn la soutiendra le moment venu.»

Avant que l’affaire DSK n’éclate, Aubry et Strauss-Kahn avaient en effet conclu un «pacte» selon lequel ils ne devaient pas se présenter l’un contre l’autre à la primaire du PS.

Le patron du renseignement dément toute implication

[Le Monde, France 2] Bernard Squarcini, le directeur de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), a démenti lundi 4 juillet toute implication de son service dans l’affaire DSK, indiquant au Monde:

«Je n'ai jamais été en relation avec le directeur du Sofitel que je ne connais pas, ni avec aucun responsable du groupe Accor.»

La veille, le député socialiste François Loncle avait déclaré:

«A qui les gens de l'hôtel Sofitel  ont-ils téléphoné à Paris? Au patron des Renseignements  généraux (DCRI)? Qu'est-ce qu'ils ont dit? A quelle heure ont-ils téléphoné cette fameuse nuit du 14 mai?»

Comment l’Élysée a été mis au courant

[Europe 1Europe 1 revient sur la manière dont l’information de l’arrestation de DSK est parvenue jusqu’à l’Elysée dans la nuit du 14 au 15 mai. La direction du Sofitel de New York a prévenu la direction du groupe vers 23h45. C’est ensuite René-Georges Querry, le directeur de la sécurité du groupe Accor et ancien grand flic, qui a donné le coup de téléphone à l’Elysée, selon le site de la radio. A l’autre bout du fil, un ami de Querry, Ange Mancini, coordonnateur national du renseignement à la présidence de la République.

Ce dernier aurait alors informé le directeur de cabinet du président de la République, Christian Fremont, aux alentours de minuit heure française.

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