Economie

Madoff dénonce ses 148 ans à tirer

Slate.fr, mis à jour le 28.06.2011 à 19 h 59

Bernard Madoff's Mugshot. U.S. Department of Justice via Wikimedia

Bernard Madoff's Mugshot. U.S. Department of Justice via Wikimedia

Plus que 148 ans à tirer pour Bernard Madoff, le financier américain condamné à 150 ans de prison pour fraude financière en juin 2009. Deux ans jour pour jour après sa condamnation, le New York Times publie deux articles qui font dialoguer à distance le condamné, qui dénonce la durée de sa peine, et le juge Denny Chin, qui la justifie.

Les deux s’expriment pour la première fois sur ce point précis du degré de la condamnation, «peut-être la plus stupéfiante et la plus débattue dans l’histoire du crime en col blanc aux Etats-Unis».

«Peut-être que le juge s’est dit: "Bon, il a 70 ans, donc même si je lui donne 20 ans, il en sera à 90". Mais franchement, il y a une grande différence entre mourir en prison, vous savez, et mourir dehors avec votre famille», se plaint Madoff. Le condamné estime que le juge a fait de lui une «piñata humaine», en référence au récipient sur lequel des enfants frappent avec des bâtons pour libérer les sucreries qu’il contient lors des fêtes traditionnelles.

Il se dit aussi «surpris» qu’il n’ait pas suggéré «la lapidation en place publique» en comparant son sort à celui d’un «serial killer».

Au moment où Bernard Madoff avait plaidé coupable, son avocat avait proposé une peine allant de 12 à 20 ans, lui ménageant la possibilité d’un moment de liberté à sa sortie de prison. Le juge Chin explique dans l’article qui lui est consacré qu’il a hésité à prononcer une peine de 20 à 25 ans mais a conclu que cela aurait été «juste beaucoup trop bas».

Ses stagiaires suggéraient eux 75 ans, la moitié de la peine maximale, mais le juge a estimé que dans cette affaire la portée symbolique de la peine avait «un poids plus fort».

Il explique également avoir ajouté au dernier moment au texte de la condamnation les mots «extraordinairement maléfiques» pour qualifier les crimes de Bernard Madoff. Commentaire du New York Times: «Dans les titres des journaux et les compte-rendus qui ont suivi, ces mots semblaient être partout.»

Au lendemain de la condamnation de Madoff, en juillet 2009, le quotidien avait publié un article pour déterminer si la peine choisie était «appropriée» ou «dingue». Le journaliste y livrait une analyse critique des trois motivations de la peine (la dissuasion, la punition, la satisfaction des victimes) et y citait des experts juridiques qui tenaient des propos extrêmement forts: l’un d’entre eux qualifiait Bernard Madoff d’«Adolf Hitler du crime en col blanc» tandis qu’un autre estimait que cette peine ne faisait pas de lui quelqu’un de puni mais de «banni».

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