Économie

Aux Etats-Unis, le gaz de schiste serait en train de générer une bulle spéculative

Temps de lecture : 2 min

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Mila Zinkova, via Wikimedia Commons

On connaissait déjà les risques environnementaux de l’exploitation du gaz de schiste, il y aurait désormais le risque d'une nouvelle bulle spéculative, rapporte le New York Times après l’étude de centaines de mails et de messages internes aux entreprises obtenus par le journal américain.

Les sociétés d’exploitation du gaz naturel ont beaucoup investi dans les puits actuellement creusés aux Etats-Unis, persuadées qu’ils généreraient de gros profits et qu’il s’agissait là d’une nouvelle ressource énergétique pour le pays.

Mais après lecture des documents internes, il apparaît que le gaz de schiste n’est pas aussi facile et peu coûteux à exploiter que prévu. Plusieurs responsables ont en effet exprimé leurs doutes sur l’exactitude des premières évaluations de la production des puits et de leurs réserves.

Ces échanges privés sont très éloignés des déclarations publiques optimistes des entreprises. A tel point que ces révélations rappellent «la façon dont les doutes ont été exprimés lors de précédentes bulles financières».

Selon un analyste financier de la PNC Wealth Management, l’argent des investisseurs «coule à flot» alors que le gaz de schiste est «intrinsèquement non-rentable», écrit-il dans un mail adressé à un entrepreneur. «Ça me rappelle les dot-coms», conclut-il en référence à la bulle Internet dont l’éclatement en 2000 a marqué les esprits de la finance américaine.

«Chez les indépendants, il se dit que le gaz du schiste est une escroquerie», déclare pour sa part un analyste d’ IHS Drilling Data, un groupe privé de recherche dans l’énergie.

Pour le journal new-yorkais, «les réserves en gaz sont nombreuses, c’est indéniable, mais il s’agit maintenant de savoir si leur extraction est véritablement abordable». Puis l’extraction du gaz de schiste est une pratique relativement nouvelle, les entreprises en ont profité pour «faire des prédictions basées sur des données limitées et pas mal de travail "au pif"».

D’après les données récoltées, il y a bien des puits très actifs, mais ils sont souvent entourés de vastes zones où d’autres puits produisent moins. Dans certains cas, les puits coûtent plus cher à être forés et exploités que ce que leur production de gaz rapporte.

Ces révélations gênantes apparaissent au moment où les autorités américaines, au niveau fédéral et étatique, envisagent d’augmenter fortement les subventions à destination de l’industrie du gaz naturel puisque celle-ci est encore perçue comme une énergie peu coûteuse et disponible.

Selon Paris Tech Review (1), le gaz de schiste a provoqué «une véritable ruée vers l’or» aux Etats-Unis. La raison de cet essor serait liée à l’image encore propre de cette industrie, contrairement au pétrole et au nucléaire avec les dernières catastrophes (golfe du Mexique et Fukushima).

«On voyait les Etats-Unis comme étant un importateur massif et il est aujourd’hui presque exportateur. Le prix du gaz a été divisé par deux», résume l’économiste Jean-Marie Chevalier, directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP) à l’Université de Paris Dauphine.

Avec cet emballement, «les investisseurs risquent de perdre de l’argent et les consommateurs de payer le prix fort», prévient le New York Times.

(1) NDLE: Disclaimer: Paris Tech est hébergé dans les mêmes locaux que Slate.fr (mais pas dans le même open space, pour être très précis)

Slate.fr

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