Culture

Les collectionneurs d'objets nazis sont-ils des collectionneurs comme les autres?

Slate.fr, mis à jour le 28.06.2011 à 12 h 42

Des médailles nazies données aux soldats ou à leurs familles s'ils avaient été blessés ou tués au combat / stepback_antiques

Des médailles nazies données aux soldats ou à leurs familles s'ils avaient été blessés ou tués au combat / stepback_antiques

Les collectionneurs d'objets nazis sont-ils des collectionneurs comme les autres? C'est la question qu'a dû se poser la rédaction de Collectioners Weekly en voyant de nombreux lecteurs lui envoyer des photos de médailles de la Seconde Guerre mondiale, des casques et des badges nazis, pour la section du site consacrée au participatif.

Le magazine a commencé par suivre la politique d'eBay en effaçant tout ce qui était orné du dessin d'un svastika nazi, sauf les pièces de monnaies et les timbres. Mais l'équipe éditoriale s'est ensuite rendue compte que les gens qui tentaient d'enregistrer leurs objets semblaient être des collectionneurs d'artefacts militaires sincères, et pas de dangereux néo-nazis.

Le problème restant que la plupart des gens trouve choquant tout ce qui est marqué du svastika nazi, peu importe sa valeur historique. Mais pour certains collectionneurs, ces objets –et la croix en forme de svastika– ont au contraire un rôle crucial pour l'Histoire, comme l'explique un ancien combattant américain, collectionneur:

«Effacer les symboles de l'Allemagne nazie reviendrait à effacer cette période de nos connaissances, et à oublier ce qui s'est passé. Nous avons besoin d'être conscients de ce qui a amené l'Allemagne nazie, de ce qui s'est passé, et de l'horreur qui en a découlé [...] Nous ne devrions pas enlever ces objets au domaine public. Je ne vois pas ça comme la glorification d'objets militaires. Je suis un historien –ce sont des morceaux d'histoire.»

Tous les collectionneurs qui s'intéressent aux artefacts nazis ne sont pas mus par une volonté de respecter l'Histoire. Un autre explique ainsi que les objets des soldats nazis et japonais l'ont intéressé parce qu'ils étaient plus rares:

«Les objets américains ont été plutôt facile à trouver. Une partie de ce qui m'attire dans la collection d'objets allemands et japonais, c'était la chasse. Beaucoup de l'équipement japonais a été fondu et détruit à la fin de la guerre. Les combattants américains sont revenus avec des badges allemands plein leurs poches, un casque, un drapeau ou un fusil, mais ces objets ont été plus difficiles à trouver.»

Sans compter leur aspect esthétique, puisque «les objets allemands ont un intérêt visuel: un casque américain est juste vert, alors que les différentes branches des forces armées allemandes avaient des casques de couleurs différentes avec des symboles différents».

Le magazine conclut sur le fait qu'il restera difficile d'avoir une conversation calme sur le svastika à cause de son appropriation par les nazis, alors même que le symbole existe depuis plus de 5.000 ans dans plusieurs cultures, notamment chez les indiens d'Amérique. Les panneaux routiers de l'Etat d'Arizona utilisaient par exemple ce symbole jusque dans les années 1940. D'après un bulletin de la société d'anthropologie de Paris, la croix en forme de svastika vient d'Inde et on en a retrouvé un peu partout en Europe et en Asie mineure.

 

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