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Le prix Pulitzer 2008 révèle être un sans-papiers

Slate.fr, mis à jour le 23.06.2011 à 17 h 12

Jose Antonio Vargas (au centre), lors du 2010 News Challenge Judging. Knight Foundation via Flickr, CC-Licence-by

Jose Antonio Vargas (au centre), lors du 2010 News Challenge Judging. Knight Foundation via Flickr, CC-Licence-by

Un des lauréats du prix Pulitzer de 2008, Jose Antonio Vargas, a déclaré dans un article du New York Times mercredi 22 juin être un sans-papiers, et travailler illégalement sur le sol américain.

Au cours des 18 années qui ont suivi son arrivée aux États-Unis en 1993, il a, grâce à ses grands-parents américains et des documents falsifiés, passé ses examens scolaires sans ennui, et construit sa carrière de journaliste. «En surface, je me suis créé une vie correcte. J'ai vécu le rêve américain», résume-t-il.

En avril 2008, il a obtenu le prix Pulitzer pour la couverture de la fusillade de Virginia Tech pour le Washington Post. Sa réussite personnelle en tant que journaliste et le prix ont alors commencé à peser sur sa conscience.

«Plus je réussissais de choses, plus j'étais apeuré et déprimé. J'étais fier de mon travail, mais il y avait toujours un nuage l’obscurcissant, et m’obscurcissant.»

Il a eu 30 ans au début de l'année, et a décidé de dire la vérité, malgré une reconduction de son permis de conduire, lui donnant pièce d'identité valable pour encore cinq ans. Cinq ans de plus, mais aussi «cinq années de plus à vivre dans la peur, à mentir à des gens que je respecte et à des institutions qui ont confiance en moi, à courir pour échapper à ce que je suis. J'en ai marre de fuir. Je suis épuisé. Je ne veux plus de cette vie».

Phil Bronstein, sur son blog du San Francisco Gate, pense aux personnes de l'entourage de Jose Vargas qui vont subir les conséquences de ce coming-out, tel Phil Bennett, directeur de la rédaction au Washington Post, l'éditeur exécutif Marcus Brauchli, ou encore Peter Perl, un ami qui connaissait sa condition. Phil Bronstein soutient toutefois l'initiative de Vargas:

«Pour moi, malgré le subterfuge employé, il a fait exactement ce qu'il voulait: donner un visage surprenant, articulé et humain, au problème d'au moins quelques-unes des millions de personnes flottant en ce moment dans les limbes. Pour moi, c'est le visage d'un ami. […] S'il peut s'en sortir, la force de cette histoire —que les réactions soient bonnes ou mauvaises— et son projet (le “Define American?”) pourrait peut-être lubrifier les rouages encrassés du gouvernement, et aider à établir une politique d'immigration saine.»

Vargas avait initialement proposé son article au Washington Post, qui l'avait accepté, édité et s'apprêtait à le publier. Paul Fahri, sur le Washington Post, explique:

«Jusqu'à la semaine dernière, cet article était programmé pour être publié dans la section “Outlook” du Post. (...) Mais le directeur de publication, Marcus Brauchli, a supprimé l'histoire plusieurs jours avant la date prévue de publication. “Après avoir bien réfléchi, nous avons décidé de ne pas publier l'histoire”, a-t-il déclaré mercredi. (...) Brauchli a refusé de discuter des raisons de trapper le sujet de Vargas.»

Paul Fahri ajoute:

«Cela donne à cette histoire un caractère particulier: c'est sûrement le premier article publié par le New York Times qui aura été développé, vérifié et substantiellement édité par des éditeurs du Washington Post.»

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