Monde

Les Grecs en veulent de plus en plus aux Allemands

Slate.fr, mis à jour le 20.06.2011 à 16 h 16

Durant une manifestation à Athènes, en mai 2011. REUTERS/Pascal Rossignol

Durant une manifestation à Athènes, en mai 2011. REUTERS/Pascal Rossignol

Lundi 20 juin, le FMI et l'Europe se sont dits prêts à valider la dernière tranche de prêt à la Grèce à condition que le Premier ministre Papandreou fasse adopter son plan de rigueur par le Parlement d'ici fin juin. Une condition qui fait à nouveau sortir les manifestants dans la rue. La colère des Grecs est grande, et selon le quotidien conservateur Die Welt, elle se dirige de plus en vers l'Allemagne:

«Plutôt que de chercher des solutions, les opposants au plan de rigueur cherchent des boucs émissaires. Le peuple a besoin d'un sacrifié, et n'en avait jusque-là pas trouvé. Aujourd'hui, les méchants, les responsables, ce sont les Allemands. “Allemagne, sors de l'UE!”, scande-t-on, quand ce n'est pas ce slogan prononcé directement en allemand “Kommt, holt es euch!” –“Venez le chercher vous-mêmes!”. Sous-entendu, “l'argent que l'on vous doit”.»

Ce sentiment anti-allemand n'éclate pas seulement parmi les rangs des manifestants, constate le Spiegel, en consacrant un long papier à la dégradation récente des relations germano-grecques.

«Selon un sondage, 80% des Grecs considèrent Angela Merkel comme antipathique. Mais que la chancelière ait œuvré à la résolution de la crise de la dette comme une obsédée, qu'elle ait réussi à imposer, contre son propre camp, la libération d'une aide financière, tout cela est inconnu des Grecs.»

Pour les Grecs, poursuit le journal, deux messages principaux résonnent en permanence depuis Berlin: «Stop au népotisme et à la corruption» d'une part, «soyez à la hauteur de l'argent que l'on vous prête», d’autre part. Mais cet appel à l'honnêteté passe mal après l'affaire Siemens, dans laquelle l'entreprise allemande s'était faite épingler pour des faits de corruption de grande échelle. Et face aux leçons allemandes de parcimonie, les Grecs n'hésitent plus à rappeler un épisode oublié du passé:

«Pour les Grecs, ce sont les Allemands qui leur doivent encore quelques milliards: il s'agit des réparations remontant à l'occupation allemande entre 1941 et 1944, où l'économie grecque fut totalement exploitée. Famines, opérations de représailles dans des villages entiers... Malgré des tentatives répétées de négociation, ces actes de barbarie nazie ne firent jamais l'objet d'un quelconque dédommagement.»

Du reste, cette convocation abusive du passé est très présente dans les cortèges, raconte Die Welt:

«Une banderole affiche “Merkel=nazi”. Et l'un des symboles favoris des manifestants reste le drapeau de l'Union européenne où les étoiles jaunes forment une croix gammée.»

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