Culture

Les séries télé arabes, victimes des révolutions

Slate.fr, mis à jour le 16.06.2011 à 14 h 13

Bab al Hara via Wikipédia Domaine public

Bab al Hara via Wikipédia Domaine public

Sur son blog Culture et politique arabes, Yves Gonzalez-Quijano, chercheur à l'Institut français du Proche Orient, publie deux billets sur le drame que constitue les révolutions arabes… pour les séries télévisées! Comment l’actualité va-t-elle modifier la programmation télévisée?

Courant du mois d’août va se dérouler le Ramadan. Comme le veut la tradition, tous les jours, le jeûne est rompu en famille (iftar) à la tombée de la nuit. Bien souvent, les familles se retrouvent ensuite devant leur poste de télévision. C’est donc à cette période de l'année que sont diffusées le plus de séries car elles constituent aussi un «trait d’union» avec les communautés musulmanes du monde entier. En 2010, plus de 130 millions de dollars (90,81 millions d'euros) auraient été consacrés aux séries télévisées dans le monde arabe (production, publicité…).

Or, comme le raconte Yves Gonzalez-Quijano, «il faut, au strict minimum, trois mois de production pour réaliser une série» et les productions ont été ébranlées par les révolutions. Depuis février, précise-t-il «on a pu lire dans la presse les premières interrogations sur le devenir d’une production très perturbée par les événements».

En effet, les séries arabes sont utilisées pour donner un point de vue et véhiculent souvent des messages politiques. Il n'était pas rare par exemple de trouver dans les précédentes séries des séquences tournées dans les bâtiments officiels ou devant une photo de l’ancien président égyptien, Hosni Moubarak. C'est maintenant impensable, et trouver des lieux de tournage est devenu difficile.

A cela s'ajoute le manque d’acteurs (Yves Gonzalez-Quijano précise que beaucoup ont été mis sur «liste noire» après avoir soutenu les dictateurs jusqu'à leur chute). Selon l’auteur, il est donc probable que les «traditionnels feuilletons» soient remplacés par les «talk-shows politiques» cet été.

La Syrie et l'Egypte sont les deux pays qui dominent le marché. En Syrie, «l’industrie locale du feuilleton» constitue «l’unique fleuron du secteur audio-visuel du pays, puisque les pays du Golfe, les seuls où il y a un réel marché publicitaire, possèdent la majeure partie des médias régionaux».

Même si l’Egypte reste toujours en tête de ce marché, les Syriens talonnaient les Egyptiens l’année dernière grâce à la série Bab al Hara (porte du quartier/de la ruelle), la série la plus regardée du monde arabe (cette série tourne en dérision un quartier damascène sous le mandat français).

Mais, selon Yves Gonzalez-Quijano, le feuilleton syrien connait un déclin depuis quelques années. L’année dernière la Syrie n’aurait produit que 18 œuvres, ce qui ne veut pas dire que la concurrence avec l’Egypte faiblit.

NDLE: Le nom de Yves Gonzalez-Quijano avait été de nombreuses fois mal orthographié dans cette revue de web, toutes nos excuses à l'intéressé et merci à @tcorbucci de nous l'avoir signalé.

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