Life

Le «docteur Mort» est décédé

Slate.fr, mis à jour le 03.06.2011 à 19 h 54

Le docteur Jack Kevorkian en janvier 2011. REUTERS/Danny Moloshok

Le docteur Jack Kevorkian en janvier 2011. REUTERS/Danny Moloshok

Le docteur Jack Kevorkian, médecin qui prôna le suicide assisté aux États-Unis dans les années 1980, est décédé vendredi 3 juin 2011 dans un hôpital du Michigan, relate The New York Times.

Selon Associated Press, l'octogénaire avait été hospitalisé le mois dernier pour une pneumonie et des problèmes rénaux. Les infirmières de l'hôpital avaient mis de la musique de Bach dans sa chambre peu avant sa mort, a raconté l'avocat Mayer Morganroth, un ami proche. 

Selon son avocat, Me Mayer Morganroth, Kevorkian souffrait d'une embolie pulmonaire; un caillot sanguin se serait formé dans sa jambe, pour aller se loger dans son cœur.

«Il était paisible. Il n'a rien senti», a déclaré Morganroth au Detroit Free Press, ajoutant que le personnel soignant n'avait pas tenté de maintenir son client en vie, et qu'aucune cérémonie funéraire particulière n'était prévue.

Le New York Times a évoqué le décès du «Dr. Death» en ces termes:

«Le docteur Kevorkian, médecin légiste, a remis en cause les tabous ayant trait à la maladie et à la mort: il a défié ouvertement les procureurs et les cours de justice. Il a tout fait pour devenir une célébrité nationale, et a passé plus de huit en en prison après avoir été accusé du meurtre de plus d'une centaine de patients en phase terminale; patients qu'il a aidé à mourir.

(...) Kevorkian était une figure controversée. Mais ses adversaires et ses partisans sont généralement d'accord sur un point: grâce à sa défense obstinée et souvent excessive du droit des malades en phase terminale à choisir le moment de leur mort, la qualité des soins palliatifs a fait un réel bond en avant aux États-Unis; d'autre part, les médecins sont plus à l'écoute des souffrances de ces patients, et ont plus tendance à leur prescrire des médicaments pouvant les apaiser».

Né en 1928, Jack Kevorkian avait défié les tabous sociaux dans les années 1980. En 1984, il fut invité à conseiller les membres du corps législatif en Californie, pour mettre en place une loi autorisant les condamnés à mort à mourir par anesthésie (au lieu de la chambre à gaz ou de la chaise électrique), s'ils acceptaient de donner leurs organes. Il visita les Pays-Bas en 1987, et en profita pour étudier les techniques permettant aux médecins néerlandais d'aider des patients en phase terminale à se suicider sans contrevenir aux lois.

Durant plusieurs années, il se fit le porte-parole de cette nouvelle «doctrine», et n'a fait payer ni ses services ni le matériel servant à l'euthanasie. Il aida entre 1990 et 1999 à pratiquer environ 130 suicides, traitant des patients venant de tous les États des États-Unis.

Jack Kevorkian aimait l'attention que lui procuraient les médias, souligne The New York Times. Au début d'un procès en 1996, il arriva dans des vêtements de l'ère coloniale, pour montrer que les charges retenues contre lui venaient d'un autre temps.

En 1999, un enregistrement vidéo d'un des suicides le fit condamner pour meurtre au second degré. Il sortit finalement de prison en 2007, libéré sur parole, après avoir promis qu'il ne pratiquerait plus de suicides assistés (sa licence de médecine avait été suspendue en 1991).

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