Vie privée: l'hypocrisie de Luc Ferry

Luc Ferry en 2008 / Medef via Wikimedia Commons

Luc Ferry en 2008 / Medef via Wikimedia Commons

Sur son blog, le rédacteur en chef adjoint de Voici relève un exercice de style de Luc Ferry, l'ancien ministre de l'Education aujourd'hui chargé par le président «d'analyser les aspirations des jeunes». Dans un passage au Grand Journal de Canal+, Luc Ferry réussit à «entretenir une rumeur en applaudissant la législation française sur le droit à la vie privée», commente Christophe Carron (également collaborateur ponctuel de Slate.fr).

Interviewé par Ali Baddou, Luc Ferry explique que les journalistes ne peuvent pas dire ce qu'ils savent parce qu'ils tomberaient sous le coup de la diffamation avant de donner un exemple tout en rumeurs:

Luc Ferry: Dans les pages du Figaro Magazine de cette semaine, vous avez un épisode qui est raconté d'un ancien ministre, qui s'est fait poisser à Marrakech dans une partouze avec des petits garçons. Bon. Probablement nous savons tous de qui il s'agit.

Ali Baddou: Très sincèrement pas en l'occurrence. C'est qui?

Luc Ferry: Eh bien moi je sais, je pense que je ne suis pas le seul. Et donc, si je sortais l'affaire aujourd'hui –l'affaire m'a été racontée par les plus hautes autorités de l'État, en particulier par le Premier ministre mais aussi...

Ali Baddou: Est-ce que vous avez des preuves ou pas?

Luc Ferry: Évidemment non. J'ai des témoignages des membres de cabinets au plus haut niveau, et des autorités de l'État au plus haut niveau. Si je sors le nom maintenant et que je lâche le nom dans la nature, premièrement c'est moi qui serais mis en examen et je serais à coup sur condamné même si je sais que l'histoire est vraie. Là, il y a un principe de transgression du respect à la vie privée et de la diffamation qui pèse sur vous, à juste titre...

Le problème des affirmations de Luc Ferry, c'est qu'elles ne sont basées que sur des «on dit». 

Ce n'est pas la première fois qu'une rumeur implique un ancien ministre dans des affaires de mœurs au Maroc. Ainsi, le blogueur Guy Birenbaum a retrouvé un article de 2005 évoquant une rumeur similaire datant d'il y a plusieurs années à propos de Jack Lang: «Quelques chiraquiens racontent une arrestation de Jack Lang au Maroc, dans une affaire de mœurs, suivie d'une exfiltration discrète organisée par l'Élysée. Pas la moindre preuve, mais les missiles anti-Jospin se préparent, que le 21 avril rendra caducs.»

Non seulement la rumeur n'est pas nouvelle, mais Jack Lang a en plus été la cible de nombreuses autres accusations murmurées depuis le milieu des années 1990. L'homme –dont le magazine disait qu'à part «Dominique Baudis, aucun homme politique n'a tant subi de calomnies sur ses mœurs»– se défendait à propos d'une rumeur lancée en 1995:

«On m'a traité alors de pédophile, raconte Lang, parfaitement lucide sur ces ragots. C'était immonde. J'ai trouvé les deux personnages qui racontaient cela. Le premier a fait amende honorable. Le second, je ne lui parle plus.»

En citant ces autres rumeurs datant du milieu des années 1990, commentées par Lang lui-même, L'Express concluait:

«La capacité de Jack Lang à endurer ces rumeurs et à en parler lui-même, comme il l'a fait avec L'Express, témoigne en tout cas de sa détermination à aller au bout de l'aventure présidentielle [NDLR: il était à l'époque pressenti pour se présenter].»

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