Monde

Comment Israël influence le Congrès américain

Slate.fr, mis à jour le 31.05.2011 à 10 h 44

Benjamin Netanyahou

Benjamin Netanyahou. REUTERS/Jason Reed.

Dans la foulée du discours très applaudi du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou devant le Congrès américain, le 24 mai, un ancien conseiller du Congrès, MJ Rosenberg, raconte sur le site Political Correction un épisode éclairant sur les relations entre Israël et les élus américains et la façon dont «le statu quo au Moyen-Orient est préservé au Capitole».

Nous sommes en 1988, et Rosenberg est alors un assistant pour la politique étrangère du sénateur démocrate du Michigan Carl Levin, qui lui demande de se pencher sur une déclaration du Premier ministre israélien de l’époque, Yitzhak Shamir, disant désapprouver l’idée d’un retrait des territoires occupés lors de la guerre des Six-Jours de 1967, comme le veulent les résolutions 242 et 338 de l’ONU. Levin lui demande de préparer une lettre au secrétaire d’Etat George Shultz expliquant que le Sénat estime que les Etats-Unis doivent s’en tenir aux résolutions de l’ONU, «que cela plaise à Shamir ou non».

Avant d’envoyer cette lettre, Levin la fait cosigner par trente de ses collègues et approuver par le président de l’Aipac, le principal groupe de pression pro-israélien. Mais un sénateur fait fuiter le courrier au New York Times, qui fait son titre de une de cette «incroyable» critique:

«Trente sénateurs américains, y compris beaucoup des soutiens les plus ardents d’Israël, ont écrit une lettre critiquant le Premier ministre Yitzhak Shamir et son parti, le Likoud, en estimant qu’ils tentent de faire obstruction aux efforts pour conclure un accord de paix au Moyen-Orient. […] Les sénateurs qui ont signé cette lettre ont dit qu’ils étaient consternés par la résistance continue de M. Shamir à l’idée pour Israël de céder des territoires qu’il occupe en échange de la paix.»

«Un gorille de 400 kilos»

MJ Rosenberg explique que, dans la foulée de cet article, son bureau reçoit une pluie de coups de fil outragés «de donateurs, d’électeurs et d’organisations pro-israéliennes», puis une visite d’un fonctionnaire de l’ambassade israélienne venu se plaindre, qui insulte le directeur de cabinet de Levin quand celui-ci lui répond qu’il est contraire aux usages de protester contre une lettre interne au gouvernement américain.

Mais le plus étrange est à venir, ce que MJ Rosenberg qualifie de «moment le plus choquant» de sa carrière: William Safire, le chroniqueur «le plus influent» du New York Times, l’appelle «furieux» pour lui dire qu’il sait que la lettre n’a pas été écrite par lui mais par Yossi Beilin, assistant de celui qui était alors le chef de l’opposition israélienne, Shimon Peres: «Il a dit que mon but était d’évincer Shamir pour le faire remplacer par Peres.»

Rosenberg réussit à convaincre son interlocuteur que l’information est fausse mais ce dernier, tout en lui promettant qu’il serait «fini» s’il découvrait qu’il mentait, lui donne le nom de ses sources: le numéro deux de l’Aipac, Steve Rosen, et l’ambassadeur d’Israël de l’époque auprès des Nations unies, un certain… Benjamin Netanyahou.

Conclusion de Rosenberg:

«Depuis ces attaques vicieuses sur Levin, peu de sénateurs ont contesté le gouvernement israélien ou l’Aipac. Quelle est la morale de cette histoire? Critiquer Israël est une pratique dangereuse. […] Qui veut chahuter un gorille de 400 kilos? Certainement pas les membres du Congrès.»

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