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Franco n'était pas un dictateur «totalitaire» selon sa biographie officielle

Slate.fr, mis à jour le 30.05.2011 à 12 h 54

«Franco an der Plaza Mayor» via Flickr dustpuppy Licence CC By 2.0

«Franco an der Plaza Mayor» via Flickr dustpuppy Licence CC By 2.0

Franco, dictateur ibère de 1939 à 1975, était «autoritaire» mais pas «totalitaire» selon le Dictionnaire biographique espagnol publié par l’Académie royale d’Histoire espagnole la semaine dernière, apprend-on sur El Pais.

La biographie du «Caudillo» signée par l’académicien Luis Suarez le présente en termes élogieux: comme le souligne le quotidien Publico, l’oeuvre ne fait pas une seule fois référence à la répression franquiste (150.000 morts entre 1939 et 1943 selon les historiens). Un autre biographe de Franco, le Britannique Paul Preston, s’est dit «surpris» de la «vision... si officiellement franquiste» de Suarez: «J'espérais quelque chose de plus objectif aujourd'hui», a-t-il fait savoir.

Les cinq pages dédiées à Francisco Franco y Bahamonde le présentent comme un courageux militaire, bon catholique, qui a gagné la guerre civile en 1939 pour réinstaurer la démocratie en Espagne:

«Une guerre de trois ans  lui permit de vaincre un ennemi au début supérieur en forces. Pour cela, faute de marchés potentiels, et face à l’hostilité de la France et de  la Russie, il fallut mettre en place des liens étroits avec l’Italie [NDLR: de Mussolini] et l’Allemagne [NDLR: hitlérienne].»

Le prédécesseur de Franco a, en revanche, droit au qualificatif de «dictateur»: Juan Negrin, président pendant la guerre civile de 1937 à 1939, n’avait  pourtant jamais été désigné ainsi officiellement, même par les franquistes qui le surnommaient le «traitre rouge» rappelle Publico.   

Expulsé du Parti socialiste espagnol (PSOE) pour ses tendances communistes, Negrin était un «homme politique difficile» admet le journal. La biographie de l’Académie royale va plus loin: elle décrit sa présidence comme «quasiment dictatoriale».

Même si l’auteur de cette biographie n’est pas le même que celui qui a traité la vie de Franco, le rapprochement est inévitable et renforce la polémique en Espagne. Interviewé par El Pais, Gonzalo Anes, président de l’Académie royale d’Histoire, a pris la défense de ses biographes: bien qu’il n’ait pas lu la biographie de Franco, dit-il, son auteur n’a pu qu’écrire un texte «objectif».

Selon lui, aucun auteur n’a été «censuré», et les biographies n’auraient été corrigées que pour les erreurs «chronologiques». «Franco était un dictateur, affirme Anes, je pense que personne ne met cela en doute aujourd’hui.» Pourtant il n’est présenté dans le Dictionnaire Biographique qu’en tant que «chef d’Etat» et «Généralissime», des termes neutres sinon  positifs.

Le Dictionnaire biographique réunit en 50 tomes plus de 5.000 biographies qui «racontent l’Espagne», peut-on lire sur Publico.  L’oeuvre a mis plus de dix ans à être finalisée, et a coûté plus de 6,4 millions d’euros en subventions d’Etat depuis son lancement en 1999.  

Le président de l’Académie royale a affirmé que les «erreurs» de la version imprimée seraient corrigées sur internet.  

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