Monde

L'affaire DSK, les femmes journalistes et les hommes politiques

Slate.fr, mis à jour le 29.05.2011 à 12 h 35

Polémique sur les hommes politiques et les femmes journalistes

[Le Monde] Deux journalistes du Monde s'opposent sur la question des relations entre hommes politiques et femmes journalistes, (re)soulevée à la suite de l'affaire DSK. D'un côté, le journaliste médias Xavier Ternisien a interviewé des journalistes femmes pour savoir s'il y avait «liaisons dangereuses» entre les deux camps.

Ses consoeures spécialisées dans le traitement de la vie politique française lui parlent de ces hommes politiques qui ont frappé à la porte de leur chambre d'hôtel, ont tenté de les retenir en voiture en verrouillant les portières, les harcèlent de SMS ou les appellent le week-end ou la nuit.

Quant à DSK, «On savait que c'était un dragueur un peu lourd, on connaissait son côté pressant, témoigne Alba Ventura, chroniqueuse politique sur RTL. Mais de là à l'imaginer à la rubrique des faits divers, il y avait un sacré pas!»

Tempérant le problème, surtout présent avec les hommes de plus de 40 ans, elles parlent de leurs trucs pour créer une distance, pas toujours facile à établir alors que leur travail nécessite d'être au plus près de leurs sources.

Le chef du service politique de Libération estime que l'affaire DSK va entraîner une plus grande vigilance par rapport «aux comportements lourds et à la limite du harcèlement», et espère que les hommes politiques feront eux mêmes plus attention à leur comportement. Mais il tranche contre révéler les attitudes déplacées de certains, tant qu'il «n'y a pas de crime ou de délit. Au nom de quoi le ferions-nous?»

De l'autre côté, sa collègue Raphaëlle Bacqué, journaliste politique au Monde, dénonce «l'insupportable soupçon qui pèse sur les femmes journalistes», s'agaçant de voir le glissement depuis l'accusation d'agression sexuelle de DSK «aux soupçons sur les hommes politiques en général et... les femmes journalistes en particulier»:

Comme si l'agression présumée d'un haut responsable international sur l'employée d'un hôtel n'était au fond que la traduction paroxystique des relations habituelles entre hommes de pouvoir et femmes journalistes, dont elles seules seraient à la fois les actrices, les complices et les témoins. Comme si ceux-là et celles-ci ne pouvaient avoir que des relations de connivence érotique plutôt que des rapports professionnels.

Elle dénonce cet amalgame, en passe de devenir l'une des plaies du métier de journaliste pour les femmes, et rappelle que bien que des hommes journalistes ont toutes sortes de problèmes de conflits d'intérêts avec les politiques, c'est toujours vers celles-ci que se tournent les regards lorsqu'on parle de «liaisons dangereuses» entre ces deux mondes.

La reporter conclue en disant de la journaliste politique:

Elle peut avoir le souci d'informer ses lecteurs sans être fascinée par les hommes politiques. Elle peut s'intéresser au pouvoir sans trouver forcément séduisants ceux qui l'exercent. Elle peut obtenir une information sans battre des cils ou croiser haut la jambe.

[...] Elle peut même percevoir, derrière le compliment galant d'un élu, le souci qu'il a de l'article qu'elle va faire plutôt que les effets d'un charme qu'elle n'a pas mis en oeuvre.

En somme, il serait temps de considérer qu'une femme peut se comporter professionnellement sans qu'on la soupçonne systématiquement de s'être, au sens littéral du terme, couchée.

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