Monde

Lolita, 24 heures, Proust: ce qui inspire les juges américains

Slate.fr, mis à jour le 25.05.2011 à 17 h 37

«Frontier Justice», via FlickR Woody H1 Licence CC By 2.0

«Frontier Justice», via FlickR Woody H1 Licence CC By 2.0

Les juges de la Cour Suprême américaine connaissent leurs classiques, constate le New York Times. Le quotidien américain rapporte le contenu de plusieurs interviews où les magistrats reviennent sur leurs influences littéraires. Contrairement aux juges français qui délibèrent dans le secret, les juges outre-Atlantique rédigent leurs opinions pour chaque décision... avec plus ou moins d’ambition littéraire.

Grande fan de Vladimir Nabokov, la juge Ruth Bader Ginsburg, connue pour son style «clair et sec», affirme s’être inspirée de l’auteur de Lolita dans son écriture.

Le juge Anthony M. Kennedy, dont les opinions sont plus «sinueuses» selon le New York Times, avoue prendre exemple sur le langage dépouillé d’Ernest Hemingway. Comme lui, il déteste les adverbes.

Certains magistrats américains rendent également hommage aux romanciers français: le juge Stephen G. Breyer admire, entre autres, Proust, Stendhal et Montesquieu.

Plus moderne, le juge Clarence Thomas considère qu’un «bon brief» d’avocat doit lui rappeler la série télé 24 heures chrono.

Ces interwiews filmées avaient été publiées en 2008 par un site de professionnels du droit, lawprose.org, destiné à enseigner aux futurs avocats l’art d’écrire pour les juges. Passées inaperçues, sauf pour les plaideurs qui en ont fait leur Bible du style, elles ont aujourd’hui été transcrites sur un journal juridique, The Scribes Journal of Legal Writing [PDF], ce qui a permis à un journaliste du New York Times d’en prendre connaissance.

Dans l’introduction de ces retranscriptions, Brian A. Garner, l’intervieweur, raconte qu’il n’a essuyé qu’un seul refus de la part d’un juge. Il s’agissait du juge David H. Souter, pris de timidité. Celui-ci écrit: «Je n’ai jamais été satisfait de ma prose; je me sentirais présomptueux de dire aux autres ce qu’ils devraient faire

Autre avantage de ces entretiens: relever les perles de l’humour judiciaire. Le New York Times ne s’en prive pas, citant le juge Antonin Scalia: pour lui, on peut se permettre de s’amuser un peu quand on rend une décision du moment que l’opinion a du «poids» et de la «dignité».

D’où une note de bas de page, dans le texte d’une opinion non-conforme, estimant que les habitants du Wyoming devraient être appelés «Wyomans» et non «Wyomingites» -le terme consacré, qui désigne également un type de lave. Selon le juge Scalia, «les habitants du Wyoming ont le droit à plus de considération». Comme quoi, malgré l’effort d’écriture, les blagues de juge et les décisions qu’elles ponctuent sont rarement limpides.

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