Sports

La presse peut-elle évoquer les aventures de Ryan Giggs?

Slate.fr, mis à jour le 24.05.2011 à 11 h 46

La Une du «Sunday Herald» dénonçant la censure autour du cas Giggs (DR).

La Une du «Sunday Herald» dénonçant la censure autour du cas Giggs (DR).

Et si un footballeur provoquait une «complète refonte des médias sociaux et de la régulation d’Internet» en Grande-Bretagne ? C’est la question que pose le Guardian après l’affaire Ryan Giggs, qui agite le monde des médias britanniques depuis quelques jours.

Le 16 mai, le milieu de terrain de Manchester United a obtenu en justice une injonction interdisant aux médias de faire état de sa relation supposée avec une ancienne star de la télé-réalité, quelques jours après que le Sun ait contacté son club en expliquant qu’il allait publier l’affaire. Plus précisément, comme nous l’explique l’agence Associated Press, il a obtenu une injonction «anonymisée», c’est à dire permettant aux journaux de publier ces informations mais sans écrire son nom.

Or, celui-ci a circulé très vite sur Twitter, au point qu’un journal écossais, le Sunday Herald, a publié dimanche 22 mai une photo pleine page de Giggs, les yeux couverts d’un bandeau noir, accompagnée de la mention «CENSURE». Résultat, le lundi 23, un député libéral-démocrate, John Hemming, a profité de son immunité parlementaire pour révéler le nom du footballeur ayant obtenu l’injonction, avec l’argument suivant:

«75.000 personnes ont identifié Ryan Giggs sur Twitter et il serait déraisonnable de toutes les emprisonner.»

Le Premier ministre David Cameron a lui réagi en expliquant que la situation actuelle n’était «pas viable» et a annoncé qu’une commission parlementaire étudierait le sujet, ajoutant qu’il serait «injuste que les réseaux sociaux puissent parler de quelque chose et que les journaux ne le puissent pas». Avant les révélations de Hemming, lors d’une interview sur la chaine ITV, le Premier ministre avait expliqué être au courant de l’identité du footballeur «comme tout le monde».

La justice a elle rendu lundi soir une troisième décision consécutive estimant que l’injonction devait être appliquée, même si son caractère secret était désormais caduc. Le principal argument avancé est que la jeune femme, Imogen Thomas, tenterait de faire chanter Ryan Giggs. Dans un témoignage publié par la justice, le joueur a lui expliqué qu’il devenait «fréquent pour les footballeurs dont les vies privées sont exposées par les médias d’être hués durant les matches et le sujet de chants cruels».

Ce n’est pas la première fois que John Hemming révèle des injonctions devant le Parlement. En mars, il avait ainsi révélé que Sir Fred Goodwin, l’ancien patron de la Royal Bank of Scotland, banque qui avait connu de très graves difficultés pendant la crise financière, avait obtenu une injonction interdisant aux médias de mentionner son activité passée en tant que banquier. Il s’agissait même d’une «super-injonction», c’est à dire d’une injonction dont il était interdit de révéler l’existence, sans même parler de son contenu. Il y a quelques jours, l'élu avait révélé que le même homme avait obtenu une injonction interdisant de mentionner sa relation supposée avec une cadre de la banque.

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