Monde

Obama et la Palestine, un nouvel effet d’annonce?

Slate.fr, mis à jour le 20.05.2011 à 18 h 31

Enfant lors de l'anniversaire de la mort d'Arafat en novembre 2010, Fanny Arlandis

Enfant lors de l'anniversaire de la mort d'Arafat en novembre 2010, Fanny Arlandis

Lors d’un discours sur le «printemps arabe», jeudi 19 mai, Barack Obama a déclaré qu’un Etat palestinien devait voir le jour dans les frontières de 1967.

«Les frontières d’Israël et de la Palestine doivent être établies sur les lignes de 1967 sur un commun accord, de sorte que les frontières soient établies de façon sûres et reconnues pour les deux Etats.»

Ce discours n'a pas été accueilli de la même façon par tous. Voici un aperçu de la presse américaine, israélienne et arabe.

La presse arabe salue ce geste mais le trouve trop tardif, tandis que la presse américaine et israélienne reste réservée, voire critique.

Retrouver la confiance des populations arabes...

Un geste salué par les Palestiniens

[Al Quds] Le journal palestinien Al Quds (en arabe) salue et souligne le geste d'Obama à quelques mois des élections présidentielles américaines.

Une décision «tardive et insuffisante»

[Al masry al youm] Ce quotidien égyptien titre son article Les arabes trouvent le discours d'Obama trop tardif, insuffisant. C'est en effet, le ton dominant des critiques que lui font les populations arabes qu'il s'agisse des révolutions (passées et en cours) ou du cas palestinien.

«L’échec d’Obama pour mettre fin aux activités de colonisation israélienne dans la Cisjordanie occupée, là où les Palestiniens veulent un Etat, a beaucoup trop cassé l’espoir que beaucoup d’arabes avaient [mis] en lui il y a deux ans.»

Ce journal souligne aussi l'impartialité américaine qui critique l'autorité du Bahreïn mais pas celle d'Arabie saoudite qui a envoyé les chars dans le royaume voisin.

Le discours doit être «suivi par une conversation franche et ouverte»

[Al Jazeera] Un article de la rubrique opinion du site Al Jazeera (English) va dans le même sens. On peut lire:

«Mais franchement, il [le discours de Barack Obama] n’apportera pas de grande différence à moins qu’il ne soit suivi par une conversation franche et ouverte.»

«Oui, vos discours [Barack Obama] sont diffusés en direct et sont suivis par des millions. Et oui, il sera disséqué et déchiffré à nouveau par les experts. Mais à la fin de la journée, ce ne sera qu’un sermon de plus.»

Un décalage entre les attentes et les décisions

[Gulf News] Ce quotidien de Dubai rappelle lui aussi le décalage qui s'est creusé entre les attentes des populations arabes et les décisions réelles prises par Barack Obama:

« Obama n’a montré que peu d’efforts pour la paix depuis son entrée en fonction. Sa dernière proposition s’est effondrée quand il a cédé après s'être confronté à Israël, sur la construction de colonies en Cisjordanie.»

Le journal est cependant plus optimiste que ses confrères de la région:

«La première déclaration franche d’Obama sur sa position concernant la question contestée des frontières pourrait aider à atténuer les doutes dans le monde arabe à propos de son engagement comme médiateur impartial.»

Aucun calendrier n'a été établi

[Haaretz] Le journal Haaretz (Israël) interroge l’ambassadeur égyptien aux Etats-Unis, Mageb Abdelaziz qui salue le geste de Barack Obama. Il temporise cependant ses propos en expliquant que le président a, selon lui «raté une opportunité d’aborder d’autres questions clés, y compris les activités de colonisation continuées par Israël, [la question de] l’eau, la fin du conflit israélo-palestinien, le retour des réfugiés “qui est une question critique” et la demande des Palestiniens d’avoir Jérusalem Est comme capitale». Il espère ainsi que les négociations vont reprendre mais se dit déçu qu’aucun calendrier n’ait été établi.

Dans un second article, le journal rapporte ce qui se passe de l'autre côté du mur, en Cisjordanie. Mahmoud Abbas a félicité les efforts de Barack Obama pour reprendre les pourparlers avec Israël.

...sans perdre (trop) d'alliés

Ce discours n'a pas été très apprécié par tous, que ce soit en Israël, en Cisjordanie ou en Etats-Unis. Vendredi 20 mai (lendemain de son discours), le président américain recevait Benjamin Netanyahu mais les concessions que demande actuellement Barack Obama au Premier ministre israélien semblent loin d'être acquises.

Des relations «sapées»

[Gulf news] Le journal rapporte les propos d'Eric Cantor, leader républicain américain:

«Cette approche sape nos relations privilégiées avec Israël et affaiblit la capacité de notre allié à se défendre.»

De nombreuses désaprobations

[Haaretz] Benjamin Netanyahu a montré sa désaprobation vis-à-vis de certains points du discours d'Obama, même si «Israël apprécie l’engagement de Barack Obama pour la paix». Le Premier ministre est tout à fait opposé à tout retrait israélien sur les frontières de 1967 qui seraient, selon lui, «indéfendables» car elles laisseraient «une large part d’Israéliens en Judée et en Samarie [Cisjordanie] à l’extérieur des frontières d’Israël».

Cependant, dans un autre article, Haaretz explique que le Hamas a lui aussi dénoncé le discours de Barack Obama. Mahmoud Abbas aurait donc convoqué d’urgence une réunion avec le porte-parole du Hamas, Sami Abou Zouhri. Ce dernier a énoncé que le discours du président avait été «décevant» car il ne propose «rien de nouveau». Il explique:

«Ce qu’Obama doit faire, ce n’est pas additionner les slogans, mais prendre des mesures concrètes pour protéger les droits du peuple palestinien et de la nation arabe.»

Un discours de «rupture»

[Jerusalem Post] Comme tous les journaux israéliens, le Jerusalem Post dispose de nombreux articles sur le sujet. Selon ce journal, Benjamin Netanyahu aurait énoncé:

«Certaines choses ne peuvent pas être balayées [et mises] sous le tapis.»

On lit aussi qu'au même moment, un plan de 1.550 nouveaux logements israéliens vient d'être décidé à Jérusalem Est (sans précision sur les dates de commencement).  Saeb Erekat, ancien négociateur de l’OLP a réagi en affirmant que le Premier ministre israélien «est déterminé à saper et à saboter ces efforts ».

Un autre article de ce journal formule de nombreuses critiques quant à ce discours. Selon l'auteur, plusieurs questions sont problématiques:

- L'effet réel de ce discours ne serait pas l'effet escompté:

«Néanmoins, après avoir critiqué les régimes arabes qui avaient utilisé le conflit israélo-arabe pour détourner leurs peuples des importantes activités de réforme, il [Barack Obama] a sapé le potentiel et l’effet de son propre message en dévoilant de nouveaux –et controversés- principes guidant les efforts américains pour promouvoir la paix israélo-palestinienne.»

- Ce discours constitue une «rupture majeure de la politique de longue date» et rompt avec les affirmations qu'avait fait Hillary Clinton qui prévoyait trois «installations israéliennes» dans la future Palestine:

«Peut-être plus que n'importe quoi d'autre, l’aspect le plus surprenant de la déclaration du président sur le processus de paix est qu’elle [la question] s’est déplacée sensiblement vers la position palestinienne quelques jours après que l’autorité palaisienne  a décidé de chercher l’unité et la réconciliation avec Hamas.»

- La question des réfugiés n'a pas été abordée, alors qu'elle constitue «une question qui peut être puissamment émotive, essence-même de l’identité  palestinienne» mais qui constitue «une question de sécurité» pour Israël.

- Aucun successeur n'a été désigné après G. Mitchell.

- Barack Obama n'a pas spécifiquement appelé à la reprise immédiate des négociations:

«Aussi étrange est le fait que le président a offert aucun mécanisme de mise en œuvre pour traduire ces idées en véritables négociations.»

 «La fureur [...] souligne la discorde» 

[New York Times] Le New York Times pense que Benajmin Netanyahu n'ira pas assez loin et ne fera pas assez de concessions pour atteindre un accord de paix. Les frontières de 1967 impliquent en effet que Jérusalem Est devienne capitale pour les Palestiniens et cette modalité est refusée par une majorité d'israéliens. Le journal explique:

«Netanyahu s’est plaint qu'Obama a poussé trop loin Israël.»

Le quotidien rapporte les propos de Michael B.Oren, ambassadeur d'Israël aux Etats-Unis:

«Alors que de nombreux points dans le discours du président avaient été appréciés et bien accueillis, il y avait d’autres aspects, comme le retour aux frontières de 1967, qui s’écarte d’une politique américaine de longue date, ainsi que de la politique israélienne,  retournant à 1967.»

Ainsi, selon le New York Times, l’espoir d’Israël serait que les Etats-Unis mettent leur véto lorsque la Palestine demandera son entrée  au conseil de sécurité de l'ONU en septembre.

Le pessimisme du journal va encore plus loin en soulignant des tensions au sein même du pouvoir américain. Il raconte un «coup de téléphone furieux de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton jeudi matin [19 mai], quelques heures avant le discours d’Obama, au cours duquel le Premier ministre a réagi furieusement au plan du président d'approuver les frontières d’Israël de 1967 pour un futur Etat palestinien». Cependant, «Obama n’a pas reculé. Mais la fureur de dernière minute souligne la discorde».

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