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A l'intérieur des prisons syriennes: le récit d'une journaliste d'Al-Jazeera

Temps de lecture : 2 min

Jail / Cosima's via Flickr by licenseCC
Jail / Cosima's via Flickr by licenseCC

Dorothy Parvaz, une journaliste d’Al Jazeera (English) de 39 ans, enlevée en Syrie il y a 19 jours, a été libéré le 18 mai. De citoyenneté américaine et iranienne, elle avait été envoyée par la chaîne de télévision pour couvrir le mouvement d’insurrection qui touche le régime du président Bachar al-Assad.

Selon les autorités syriennes, elle aurait été arrêtée alors qu’elle tentait «d'entrer dans un pays de deux façons illégales» avec «un passeport arrivé à expiration et une fausse déclaration quant à l'objectif du voyage», explique Le Monde. Les autorités avaient déclaré «très regrettable qu'une journaliste travaillant pour une agence de presse internationale aussi renommée qu'Al Jazeera» se soit comportée comme cela.

Dans un article et une interview pour Al Jazeera, elle raconte ses trois jours de détention dans une prison syrienne. Elle décrit la torture et le quotidien des Syriens arrêtés par les services secrets.

«Les yeux bandés, j’ai été amené dans la première de mes trois cellules […] Sur le sol, sur une couverture miteuse marron, une jeune fille dont le visage était bouffi de larmes était assise. Elle m’a dit qu’elle avait 25 ans, qu’elle venait de Damas et elle a indiqué qu’elle était là depuis quatre jours. Elle ne savait pas pourquoi elle avait été capturée par les Mukhabarat, les services secrets syriens.»

«J’ai entendu deux séries d’interrogatoires et des gens se faire battre, à environ dix mètres de moi […]. Les coups étaient sauvages, les mots prononcés par ceux qui étaient battus n’étaient en réalité qu’un son rauque “wallahi! wallahi! (Je le jure devant Dieu)”, ou simplement la, la! (Non, non)”.»

«J’ai aperçu un jeune homme, pas plus de vingt ans, enchaîné à un radiateur dans le couloir. Il avait un bloc-notes sur les genoux, les yeux bandés, et il tremblait si fort qu’il ne pouvait à peine tenir le stylo avec lequel il devait probablement signer une sorte de confession. Pendant ce temps, les coups et les cris continuaient à l’intérieur.»

«Ma première impulsion a été de me boucher les oreilles, mais j'ai ensuite pensé “Si cet homme pleure, quelqu'un ne devrait-il pas l'entendre?”.»

«Elle [une adolescente enlevée par les services secrets] était là depuis huit jours lorsque je l’ai rencontrée, et elle paraissait malade. La nourriture qu’ils [les services secrets] nous donnaient trois fois par jours –fétide, aléatoire et parfois pourrie avait surtout eu pour effet de la faire vomir, mais elle avait trop faim pour arrêter de tout manger.»

Après trois jours de détention, les services secrets ont décidé de la relâcher en lui disant qu’elle pourrait aller au Qatar. Au lieu de cela, ils l’ont mise dans un vol pour Téhéran en expliquant aux autorités iraniennes que c’était une espionne (crime puni de peine de mort en Iran). Les autorités iraniennes ont finalement convenu que Dorothy Parvaz était seulement journaliste.

Selon les ONG et l’ONU, il y aurait eu au moins 8.000 arrestations et plus de 800 morts depuis le début des manifestations en Syrie. Le 16 mai, une fosse commune avait été découverte à Deraa, dans le sud de la Syrie.

Slate.fr

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