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Quand oublions-nous nos souvenirs d'enfance?

Cool Blog Social / socialisbetter via Flickr LicenseCC

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Si l’on vous demande d’évoquer vos souvenirs les plus lointains, jusqu’où pouvez-vous remonter? A de rares exceptions près, nous ne nous souvenons pas de nos souvenirs d’enfance.

Depuis de nombreuses années, les chercheurs tentent de comprendre ce phénomène d’«amnésie infantile». Une recherche publiée dans le journal Child Development, le 11 mai 2011, explique que nous perdrions en fait, nos souvenirs dès l’enfance. Cela constitue une avancée qui pourrait aider les psychologues à mieux comprendre «comment les gens construisent l’histoire de leur vie», explique de Los Angeles Times.

Carole Peterson, enseignante en psychologie à la Memorial University of Newfoundland au Canada et directrice le l’étude raconte pour ce journal:

«Ce sont ces souvenirs que nous utilisons pour développer un sentiment d’identité –qui nous sommes et d’où nous venons.»

Des experts avaient auparavant suggéré que nos souvenirs d’enfance s’estompaient avant l’âge de 3 ans car les enfants n’auraient pas les compétences linguistiques ou les capacités cognitives pour les traiter et les stocker, explique Medical news today. Cette nouvelle étude souligne que ce n’est pas vrai.

En effet, elle révèle que l’oubli se produit lentement, depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte (et non pas «avec l’âge»). 

Dans une première étude, publiée en 2005, Carole Peterson avait interrogé 140 enfants entre 4 et 13 ans. La chercheuse leur a demandé de réfléchir à trois de leurs premiers souvenirs (les parents ont ensuite confirmé s’ils les trouvaient plausibles ou s’ils s’en souvenaient).

Elle a constaté que les enfants de 6 à 9 ans avaient des souvenirs qui remontaient à l’âge de 3 ans. Les adolescents de 14 à 16 ans ne se souviennent par contre que des évènements importants survenus après 4 ans.

Cependant, on se souvient très bien de nos expériences traumatiques même lorsqu’elles sont survenues à un âge très jeune (dès l’âge de 7 ou 8 ans on peut se souvenir des évènements extraordinaires qui se sont passés cinq ans plus tôt).

Ainsi, lorsque l’on a 7 ou 8 ans, peut-on se souvenir d’évènements banals survenus plusieurs années auparavant ou l’amnésie infantile fait-elle déjà son effet?

Dans la nouvelle étude, Carole Peterson a réinterrogé les enfants, deux ans après leur premier entretien. Elle a alors constaté que seulement cinq des 50 plus jeunes enfants (dont l’âge variait de 4 à 7 ans lors de la première entrevue) peuvent maintenant se rappeler de leurs premiers souvenirs, même lorsqu'on leur remémore leurs réponses de la précédente enquête. Elle constate que «leurs souvenirs avaient déjà disparu».

Chez les plus âgés (de 10 à 13 ans), vingt-deux des 61 enfants pouvaient se remémorer les mêmes souvenirs que lors du précédent test. Il semblerait qu’à l’âge de 10 ans notre mémoire soit remplacée par des souvenirs plus récents, explique Carole Peterson:

«A partir de 10 ans, leurs premiers souvenirs sont cristallisés. Ce sont les souvenirs qu’ils gardent.»

Pour le magazine Thirdage, elle précise:

«Les premiers souvenirs des jeunes enfants semble changer, avec les premiers souvenirs de l’enfance qui sont remplacés par les souvenirs des âges supérieurs. [ …] Mais les enfants plus âgés deviennent plus cohérents dans leurs mémoire en vieillissant.»

Notre environnement culturel pourrait également jouer un rôle dans la façon dont nous nous souvenons des choses lorsque nous étions enfants. Par exemple, les premiers souvenirs des enfants chinois datent généralement d’au moins un an plus tard que les enfants canadiens. Selon les chercheurs, dans la culture occidentale nos conversations sont plus autobiographiques, les enfants demanderaient à leurs parents beaucoup plus de questions sur leurs expériences antérieures et les parents raconteraient d’eux même leur vie de façon beaucoup plus courante que les chinois.

Ainsi, Carole Peterson complète pour Healthfinder, le magazine de santé du gouvernement américain:

«Donc notre «psychologie d'enfance» commence beaucoup plus tard que notre réelle enfance. Et la plupart ou la totalité de ces évenements [...] qui ont provoqué des rires et des larmes, ne sont plus accessibles si ils se sont produits pendant l'âge préscolaire.»

Selon Eric Kandel, professeur neurobiologique à l’université de Columbia cité par le Los Angeles Times, cette étude est intéressante pour les neuroscientifiques car elle étudie le fonctionnement du cerveau. Selon ce professeur, il est peut-être possible de conclure que les souvenirs ne peuvent pas être conservés, jusqu’à ce que l’hippocampe (élément clé du cerveau pour la mémoire) atteigne sa maturité à l’âge de 5 ou 6 ans.

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