Monde

Notre histoire d'amour avec l'ADN

Slate.fr, mis à jour le 10.05.2011 à 14 h 44

Digital, jurvetson via Flickr, CC-Licence-by

Digital, jurvetson via Flickr, CC-Licence-by

Erika Check Hayden, journaliste pour la revue Nature et blogueuse, profite de la mort d'Oussama ben Laden pour revenir sur notre foi aveugle en l'ADN.

En effet, alors que la Maison Blanche n'a pas publié de photo de l'ancien chef d'al-Qaida, le public a été convaincu par l'affirmation selon laquelle Ben Laden avait été identifié par son ADN. Selon le New York Times, les tests ont confirmé «à 99,9 %» que l'ADN provenait bien d'Oussama ben Laden, utilisant pour cela notamment l'ADN d'une de ses demi-soeurs, morte à Boston. 

Selon Erika Check Hayden, cette croyance s'est propagée grâce à la télévision, et les séries scientifiques comme CSI (Les Experts) qui présentent l'analyse d'échantillons d'ADN comme un test définitif, un procédé permettant d'avoir une réponse rapide et claire à la question «est-ce qu'untel est coupable?».

Pourtant, plusieurs détails pourraient permettre au public de douter de l'efficacité de l'ADN. En 2011, le FBI avait été pointé du doigt par un comité de l'Académie des sciences américain pour avoir «exagéré la puissance de l'analyse génétique». L'investigation avait conduit à la condamnation à tort de Bruce E. Ivins, accusé d'avoir envoyé des lettres empoisonnées à l'anthrax en 2001.

L'analyse ADN d'Oussama ben Laden n'a pas été effectuée par le FBI, relate The Telegraph. Elle l'a été, selon le New York Times, par des organismes indépendants, sous la houlette de la CIA et du Département de la défense.

Pierre Barthélémy relevait déjà sur Slate.fr qu'«en ayant le corps d'Oussama ben Laden, les Américains ont de quoi faire autant de tests ADN qu'ils le veulent». À condition d'avoir un point de comparaison fiable, ajoutait-il. Ben Laden a plusieurs parents proches, dont une demi-sœur et trois demi-frères selon Hayden. C'est d'ailleurs des échantillons prélevés sur sa demi-sœur, qui aurait été hospitalisée durant plusieurs mois dans un hôpital de Boston, qui ont été utilisés, ainsi que ceux d'autres parents, selon le Boston Globe.

Mais à part l'information sur la demi-sœur de Ben Laden, aucun autre proche n'a été cité par le gouvernement: ni le nombre de personnes testées, ni quel type d'ADN a été testé. Ce qui fait une grosse différence pour Erika Check Hayden.

Le gouvernement reste entre deux eaux, ne pouvant pas divulguer tous les détails de l'analyse. Hank Greely, bioéthicien à l'université de Stanford, précise sur le blog de Hayden:

«Révéler qui de ses proches a donné de son ADN pourrait les mettre en danger. […] Le gouvernement ne veut probablement pas révéler trop de choses sur ses méthodes de collecte et d'analyse d'ADN

Ce manque de questionnement sur les tests ADN semble normal pour le public américain, pense la journaliste, et peut-être est-ce à raison:

«Notre volonté d'accepter sans plus de réflexion la relation directe entre une personne et un échantillon d'ADN est finalement un argument très intéressant. On lit trop souvent la critique selon laquelle le public, par manque de connaissances, ne soutient pas les sciences.»

Et peut-être, continue-t-elle, que cette ignorance (qui est capable de définir exactement ce qu'est l'ADN?) est la raison pour laquelle nous croyons tant à la génétique. Nous ne contestons pas ce que nous ne comprenons pas.

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