Monde

L'Allemagne attend-elle en vain ses plombiers polonais?

Slate.fr, mis à jour le 04.05.2011 à 18 h 31

Depuis le 1er mai, ils sont les bienvenus en Allemagne et en Autriche. Les citoyens de huit pays ex-communistes ayant adhéré à l’UE en 2004 (Pologne, République tchèque, Slovaquie, Slovénie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Estonie) n’ont plus besoin de demander un permis de travail spécifique. En 2009, l'Allemagne et l'Autriche, craignant un important afflux d'immigrés, avaient été les seuls pays de l'UE à repousser de deux ans l'ouverture de leur marché du travail aux immigrés d’Europe de l’Est.  Maintenant que c’est fait, il se pourrait que ce soit un peu tard, note la FAZ:

«Qui l’eut cru? Pendant des années a régné la peur de voir les Polonais et les Tchèques envahir notre marché de l’emploi et ravir les jobs des Allemands. Ça, c’était jusqu’à ce qu’on ouvre les frontières. Aujourd’hui, les entreprises allemandes pourraient bien avoir besoin de Polonais, de Tchèques et de Slovènes qualifiés. Sauf que les jeunes Européens qualifiés ne trépignent pas devant la frontière. La raison principale est que de nombreux médecins, personnels soignants, ingénieurs et artisans ont quitté leur patrie depuis longtemps, mais pour rejoindre la Grande-Bretagne, l’Irlande et la Suède. Des Etats qui ont ouvert leurs frontières dès 2004.»

Sur les 600.000 employés originaires d’Europe de l’Est travaillant légalement en Allemagne, 400.000 sont d’origine polonaise. Même si les agences d’emploi et des chasseurs de tête d’Allemagne et d’Autriche continuent de chercher du personnel qualifié chez le voisin polonais, les choses ont changé, rappelle la TAZ :

«Les salaires allemands ne sont plus aussi attractifs qu’il y a 7 ans, lorsque le taux de chômage en Pologne atteignait les 20%, et que le revenu moyen se situait en dessous de 1.000 euros. (…) Pawel Kaczmarczyk, chercheur à l’université de Varsovie, confirme: il n’y aura pas d’afflux massif vers l’Allemagne et l’Autriche. Le scénario le plus probable est le maintien d’un statu quo. D’autant que depuis des années, de nombreux travailleurs polonais rentrent chez eux.»

Alors combien de travailleurs sont attendus? L’agence fédérale pour l’emploi estime entre 100.000 et 140.000 le nombre annuel d’arrivants. Berlin est située dans le Brandenbourg, ex-Land de l’Est, et région frontalière de la Pologne. Même là, on ne craint pas d’arrivée massive, raconte la Berliner Zeitung :

«Harald Wolf, élu du parti de gauche Die Linke à Berlin, est très détendu: “La plupart de ceux qui devaient venir sont déjà là. Et tous ceux qui étaient embauchés de façon illégale vont enfin pouvoir faire valoir leurs droits.” Le secrétaire d’Etat au travail Wolfgang Schröder est également lucide: “Celui qui décide de quitter la Pologne ira plutôt tenter sa chance en Allemagne de l’Ouest. Le Brandebourg est tout prêt, mais les salaires sont encore un quart moins élevés qu’à l’Ouest”.»

La Süddeutsche Zeitung ajoute qu’il n’y a pas que les tarifs qui rendent l’Allemagne si peu attractive:

«Un quotidien revêche, une vie chère, des impôts élevés, des grosses différences de salaire en fonction du secteur, de l’origine et du niveau de qualification de l’employé.»

Photo: Dans une agence pour l'emploi à Varsovie, REUTERS/Kacper Pempel

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