France

Révoltes arabes: quelle place pour l'islam dans les nouveaux régimes?

Temps de lecture : 2 min

Tariq Ramadan. Alessandro Bianchi / Reuters
Tariq Ramadan. Alessandro Bianchi / Reuters

Avec la série de révoltes arabes, les partis islamistes cherchent leur place et leur stratégie, Le Monde a invité deux penseurs musulmans à réfléchir sur la place de leur religion dans les révoltes mais aussi dans la mise en place de nouveaux régimes, réformes et Constitutions.

D'un côté le théologien controversé Tariq Ramadan, professeur d'islamologie, qui n'est pas opposé à ce que la charia ait une place dans les Constitutions des pays islamiques. De l'autre, l'écrivain Abdelwahab Meddeb, qui veut au contraire séparer le théologique du politique et estime que «l'intégrisme est la maladie de l'islam», comme l'explique l'article de présentation du Monde.

Dans leur débat, Abdelwahab Meddeb se présente comme un «déconstructiviste» qui veut suspendre la référence à la charia comme un renoncement «à une forme d'identité fabuleuse pour lui substituer des institutions rationnelles qui organisent la cité dans le vivre en commun». Tariq Ramadan dit lui être un «réformiste», pour qui «on ne peut pas évacuer ce terme de la conscience musulmane contemporaine», puisqu'une telle évacuation empêcherait «d'engager un débat critique avec la terminologie qui est la nôtre». Il estime que pour «défétichiser ce concept de charia», il ne faut pas le faire disparaître d'un texte de loi, mais le soumettre à la critique.

Leur face-à-face aborde également la question d'un choc des cultures. Le Monde demande s'ils comprennent que certaines pratiques musulmanes puissent choquer.

Abdelwahab Meddeb:
«
Oui, notamment que certaines mosquées débordent dans la rue… L'intégration suppose le respect des lois de l'hospitalité. Elle implique la discrétion, la distinction entre l'agora et la demeure. La manifestation ostentatoire de la croyance peut être perçue comme une provocation, comme un appel à la conquête, au prosélytisme, comme une atteinte à la liberté d'autrui. Au cours des trente dernières années, les islamistes ont lancé des attaques très violentes contre les laïcs.»

Tariq Ramadan:
«
J'attends des politiques qu'ils arrêtent d'instrumentaliser la question de l'islam pour créer de l'altérité, ce qui est le fait des populistes. Les gouvernements européens disent n'avoir aucun problème avec la grande majorité des musulmans: ils respectent la loi, ils parlent la langue du pays et les sondages indiquent que les musulmans britanniques et français se sentent appartenir à leur pays. Pourtant, à l'heure actuelle, on fonde plus facilement une mosquée avec de l'argent saoudien qu'avec des fonds issus des collectes récoltées par des Français de confession musulmane. On ne leur fait pas confiance, on les surveille. La laïcité, ce n'est pas le contrôle de l'islam français, c'est l'arbitrage et l'autonomisation de l'islam au cœur de la République.»

Les deux penseurs s'accordent à dire que l'Europe traverse un moment islamophobe, qui ne les étonne ni l'un ni l'autre: Abdelwahab Meddeb estime notamment que «l'islamophobie est au fondement de l'identité européenne. Depuis la Chanson de Roland jusqu'au Mahomet de Voltaire, l'Europe s'est construite par rapport à l'Autre islamique et à travers son rejet».

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