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L'homme s'est-il levé pour courir après ses proies?

Slate.fr, mis à jour le 27.04.2011 à 16 h 58

P1000741/Lisa J G via Flickr - CC licence by

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Nous serions davantage faits pour courir que pour marcher. Nous serions même capables de battre les animaux les plus rapides, sur la distance.

C'est pour tester cette théorie avancée par des biologistes de l'évolution que des coureurs se sont lancés à la poursuite d'antilopes à travers les plaines du Nouveau Mexique, comme le rapporte Outside Online.

Et la proie est de choix. Le «pronghorn antelope», ou antilope d'amérique, n'est pas surnommé «la chèvre rapide» pour rien. Corps léger, longues jambes fines, sabots fendus garnis de coussinets, le quadrupède est taillé pour la course et approche les 100km/h en vitesse de pointe. Mais Andrew Musuva semble sûr de lui. Le marathonien de 40 ans, d'origine kényane, a déjà participé à ce genre de défi.

 2 millions d'années d'expérience

Pour Dennis M. Bramble et Daniel E. Lieberman, auteurs de Endurance running and the evolution of Homo (PDF), le Kenyan a bien plus que l'expérience avec lui: deux millions d'années d'évolution.

Alors que les principales études traitant de la bipédie dans la lignée humaine considèrent la marche comme déterminante dans l'évolution humaine, les deux scientifiques avancent une hypothèse encore controversée: plutôt que s'être levés sur leurs deux jambes pour marcher, nos ancêtres l'auraient fait pour courir. Et pour courir après leurs proies.

Car s'il est vrai que nous sommes de mauvais sprinters, nous nous révélons redoutables sur les longues distances. Nos deux longues jambes, associées à des fibres musculaires lentes et trois millions de glandes sudoripares nous donnent l'avantage sur la plupart des animaux, à l'exception de quelques coureurs de fonds reconnus comme le cheval ou le loup.

La chasse par l'épuisement

Pouvoir courir longtemps, et sans souffrir de la chaleur, autant s'en servir. Dans Born to Run, un livre consacré à la course d'endurance, Daniel Lieberman explique comment une technique de chasse par épuisement des proies a pu émerger chez nos ancêtres.

«Si vous vous approchez assez près pour qu'elle [la proie] vous voie, elle s'enfuiera. Après 10 ou 15 kilomètres de course, elle sera en hyperthermie et s'effondrera.»

Même si aucune découverte archéologique ne soutient l'hypothèse, plusieurs tribus à travers le monde sont connues pour avoir utilisé cette technique. Une seule la pratique toujours, les Sans du désert du Kalahari.

Comme le raconte Outside Online, la théorie avait déjà été mise à l'épreuve par David Carrier, spécialiste de l'évolution, et son frère Scott, coureur occasionnel. Sans succès. Scott Carrier décrit dans son livre Running After Antelope la difficulté de la tâche:

«Elles [les antilopes] se mélangent, changent de position. Il n'y a plus d'individus, mais une masse qui se déplace à travers le désert comme une flaque de mercure sur une table de verre. Elles utilisent le terrain pour nous distancer.»

Mais cette fois, ce ne sont pas des amateurs qui ont été lancés à leurs trousses. Parmi les 9 marathoniens de l'équipe (cinq Américains, deux Kényans, un Coréen et un Ethiopien), certains avalent les 42km conventionnels en 2h10, à six minutes du record mondial. Le plus «lent», affiche un très honorable 2h45.

Après 32km de course, l'animal épuisé s'est laissé approcher, assez pour être abattu. Ce qu'ils n'ont pas fait.

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