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Votre smartphone vous traque, et vous ne pouvez rien y faire

Les dossiers de Slate, mis à jour le 22.04.2011 à 15 h 49

iPhone Locations, dnfisher via Flickr, CC-Licence-by

iPhone Locations, dnfisher via Flickr, CC-Licence-by

On a appris jeudi 21 avril que l'iPhone et l'iPad enregistrent vos déplacements, et ce depuis le mois de juin 2010 et la sortie d'iOS4, raconte The Guardian.

Voilà que deux chercheurs, Samy Kamkar, interviewé par le Wall Street Journal et Magnus Eriksson, interviewé par The Guardian, ont confirmé ce vendredi avoir pu extraire le même type d'informations d'un téléphone sous le système d'exploitation Android, de la firme Google. Dans ce cas toutefois, moins d'informations seraient enregistrées. On ne sait pas pour l'instant ce qu'Apple ou Google font de ces données puisque les entreprises n'ont pas réagi publiquement.

Samy Kamkar a développé une application permettant aux utilisateurs de téléphones Android d'avoir accès à ces données stockées à leur insu. Deux autres chercheurs, Pete Warden et Alasdair Allan, ont développé iPhoneTracker, une application (pour l'instant disponible sur Mac uniquement) qui récupère ces données et permet d'afficher sur une carte les déplacements enregistrés. Les deux chercheurs se sont intéressés à la manière précise dont étaient enregistrées ces données. Ils ont présenté leurs résultats à la conférence Where 2.0, à San Francisco, mercredi 20 avril, relate The Guardian.

Il s'avère que le fichier dans lequel sont enregistrés les déplacements est en réalité parfaitement lisible, et si vous synchronisez votre iPhone ou votre iPad avec un ordinateur, ce fichier est sauvegardé (afin qu'il soit conservé en cas de changement de téléphone). Ce fichier est enregistré en clair, de manière non chiffrée. N'importe qui ayant accès à votre ordinateur personnel pourrait donc retracer vos pas, jusqu'au mois de juillet 2010 si vous avez effectué la mise à jour à ce moment-là, continue The Guardian.

Cela aurait pu passer inaperçu, et cela l'a été, même si le blog Cellular.Sherlock l'avait remarqué dès septembre 2010, comme le relève Philippe Berry, de 20minutes.fr. Pourtant, les conditions d'utilisation [PDF], modifiées en juin 2010, le mentionnent également clairement:

Apple, ainsi que ses partenaires et titulaires de licence, peuvent vous fournir certains services basés sur des informations géographiques via l'iPhone. [...] Apple, ainsi que ses partenaires et titulaires de licence, peuvent transmettre, recueillir, conserver, traiter et utiliser les données concernant votre localisation, notamment la position géographique en temps réel de votre iPhone et des demandes de recherche de localisation.

Le but affiché de la démarche d'Apple est de permettre l'affichage sur l'iPhone (et l'iPad) de publicités contextuelles. Et plus particulièrement, pour les publicitaires, de connaître la zone dans laquelle se trouve l'utilisateur au moment où il clique sur une publicité, relate le blog CellularSherlock. Pour arriver à cela, l'iPhone enregistre régulièrement les déplacements, calculés par triangulation du signal des antennes téléphoniques des opérateurs, et grâce aux réseaux WiFi environnants. On pourrait penser que cette opération utilise plus de batterie, réduisant l'autonomie du téléphone. Il n'en est rien, car l'opération utilise les réseaux téléphoniques normaux et non la puce GPS, plus gourmande en énergie.

Peut-on éviter cette traque? Le site Mac4Ever ne propose pas de moyen simple de supprimer ce fichier ou d'empêcher qu'il soit créé. C'est en effet chose presque impossible (à moins d'avoir «jailbreaké» son iPhone), car iOS est un système fermé, à la différence d'Android ou de Maemo. Le site spécialisé propose toutefois d'activer le chiffrement des sauvegardes de l'iPhone ou de l'iPad, afin de limiter les possibilités de voir ces données utilisées à mauvais escient.

En Grande-Bretagne, le Commissaire à l'information (qui fait respecter le Data Protection Act) a invité les Anglo-saxons à s'exprimer, en précisant que toute plainte serait reçue et que le Data Protection Act serait appliqué, relate The Telegraph. Aux États-Unis, les membres du congrès ont sommé Apple de s'expliquer, et le sénateur démocrate Al Franken a envoyé une lettre (PDF) à Steve Jobs, PDG de la firme Apple, pour se plaindre de la situation.

Article actualisé le vendredi 22 avril 2011

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