Monde

Comment une banque peut-elle geler le compte de Kadhafi si elle ne sait pas écrire son nom?

Temps de lecture : 2 min

Dans leur recherche des comptes des dirigeants des régimes autoritaires (Tunisie, Egypte, Libye) afin de les geler, les banques sont tombées sur un écueil: l’orthographe de leur patronyme et «la myriade de façons de transposer des noms arabes», selon l’expression du Wall Street Journal. Un problème qui vient se rajouter au fait que ces dirigeants peuvent par ailleurs se cacher derrière un homme de paille ou des sociétés offshore.

Selon le quotidien économique américain, la liste de sanctions publiée par le département du Trésor à Washington ne contient que «douze orthographes possibles pour Mouammar Kadhafi, alors que les experts en linguistique disent qu’il y en a plus de cent rien que pour le nom de famille».

Un article du quotidien irlandais Irish Times que nous avions relayé fin février faisait déjà état de 112 orthographes possibles, avec par exemple de nombreuses variations entre les médias anglo-saxons (Kadafi, Qaddafi, Gaddafi, Gadafy…). Le Wall Street Journal rappelle aussi que Mohamed peut être transposé en Mahmut, Mehmud ou en «dizaines d’autres variantes» (sans oublier Mohammed en français...).

130.000 versions possibles

Face aux difficultés rencontrées par les banques, obligées de «parcourir les fichiers clients manuellement» afin de trouver les noms, des entreprises ont proposé leurs services. Le Wall Street Journal cite, entre autres exemples, le cas de CJK Dictionary Institute, une petite société qui compile le maximum de variantes pour les noms arabes, et est par exemple arrivée à 130.000 versions possibles pour Hatem Ahmad Barakat, un individu présent sur la liste américaine.

Son fondateur, Jack Halpern, «qui dit qu’il parle dix langues et est connu pour arriver aux conférences linguistiques sur un monocycle», a mené des études d’arabe avant de réaliser «qu’une liste de noms constituerait une aubaine pour les officiers chargés de la lutte anti-terroriste et du contrôle aux frontières —et, plus récemment, pour les départements des banques chargés d’empêcher le blanchiment d’argent».

«J’ai constaté une demande énorme pour les noms, donc j’ai mis beaucoup d’énergie là-dedans», affirme-t-il. Un autre expert, Bertrand Lisbach, qui dirige une société qui développe des moteurs de recherche de noms tenant compte des variantes, résume la situation en une formule:

«Kadhafi a toujours été un de nos chouchous.»

Photo: Mouammar Kadhafi. REUTERS/Vasily Fedosenko.

Newsletters

La Chine lance son concours du bâtiment le plus moche

La Chine lance son concours du bâtiment le plus moche

Le président Xi Jinping a publié il y a quelques années une directive pour mettre fin aux structures excentriques.

Avec le «Senate Bill 1», le Texas essaie-t-il vraiment d'empêcher les minorités de voter?

Avec le «Senate Bill 1», le Texas essaie-t-il vraiment d'empêcher les minorités de voter?

Ses soutiens y voient une réponse à la fraude électorale. L'opposition dénonce quant à elle une entrave au droit de vote.

Au Liberia, l'impossible devoir de mémoire

Au Liberia, l'impossible devoir de mémoire

Meurtri par une guerre civile sanglante qui a fait 200.000 morts et 2 millions de déplacés entre 1989 et 2003, le Liberia tente toujours, tant bien que mal, de composer avec son passé douloureux. Comment une nation se reconstruit-elle sans mémoire...

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio