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Un singe pêche et nous éclaire sur notre alimentation

Slate.fr, mis à jour le 19.04.2011 à 15 h 55

L'orang-outan fait partie de ces animaux au comportement étrangement... humain. Et à l'instar du chimpanzé ou du gorille, la ressemblance se fait encore plus frappante quand il se montre capable d'utiliser un outil.

On ne parle pas ici de clous et de marteaux distribués aux singes pour la confection de leurs nids, mais de cailloux et de bâtons utilisés dans un but bien précis. Les spécialistes de ces animaux plus malins que la moyenne ne s'étonnent plus de voir un chimpanzé fouiller une termitière à l'aide de brindilles, ou un gorille sonder une mare à l'aide d'un bâton avant de la traverser.

Mais l'observation dont a fait part la professeure de psychologie Anne Russon, lors d'un meeting de l'American Association of Physical Anthropologists, sort de l'ordinaire.

Chacun sa technique

Comme le rapporte Science News, Anne Russon aurait vu des orangs-outans de l'île de Bornée, en Indonésie, pêcher. Fait d'autant plus étonnant que ces grands singes ne présentent aucune affinité avec le milieu aquatique. Ils ne savent même pas nager.

Un cas similaire était déjà connu: un mâle orang-outan avait été observé tentant de harponner du poisson avec une longue lance. Aussi étonnant soit-il, ce comportement n'était qu'un mimétisme. Le singe avait observé des pêcheurs de la rivière Gohong effectuer ce même geste, et le reproduisait.

Mais les cas rapportés par Anne Russon ont une tout autre dimension. En deux ans, ce sont plusieurs singes qu'elle a vu se livrer à un manège plutôt efficace. Suspendus au-dessus de flaques peu profondes, ils effraient les poissons qui, affolés, sautent en dehors de l'eau. Les pêcheurs amateurs n'ont alors qu'à saisir leurs proies.

Ces observations peuvent paraître anecdotiques, mais ont des retombées sur l'idée que se font les spécialistes du régime alimentaire de nos ancêtres. Si ces lointains cousins en sont capables, alors les membres de notre lignée ont très tôt pu avoir du poisson au menu.

Une explication de notre gros cerveau

Une information précieuse puisque le poisson, comme la viande et les œufs, est un apport protéique important. Et pour les anthropologistes, cet apport protéique est une pièce indispensable du puzzle expliquant l'apparition de notre gros cerveau. Car pour avoir un encéphale de cette taille, n'en déplaise aux végétaliens purs et durs, il faut consommer des protéines. Et il y a 2,5 millions d'années les rayons de supermarchés ne proposaient pas tofu et quinoa, les protéines animales étaient donc les plus accessibles.

Le poisson vient donc s'ajouter à l'hypothèse d'une consommation de viande, avancée par de nombreux spécialistes. Car même si ce comportement peut être spécifique de quelques primates de Bornéo seulement, il y a des chances qu'il se propage; Anne Russon jure en avoir vu d'autres les regarder faire. Comme pour apprendre.

Photo: Sumatra Orangutan (Pongo Abelii)/Roni Bintang via Flick - CC Licence By

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