Londres a aussi fait la guerre en Irak pour le pétrole

Une «guerre pour du pétrole», pour les deuxièmes plus grosses réserves d’or noir au monde: cette image à laquelle est associée l’invasion alliée en Irak en 2003 se révèle partiellement confirmée par le quotidien britannique The Independent, qui dévoile des documents gouvernementaux selon lesquels Londres a discuté les sujets énergétiques avec les majors du secteur avant l’opération. Des pièces obtenues grâce à une demande faite au nom du Freedom of Information Act par l'activiste Greg Muttitt.

En octobre 2002, la baronne Symons, ministre du Commerce extérieur, rencontre ainsi les dirigeants de BP, Shell et British Gas, venus lui faire part de leurs inquiétudes d’être évincés par les entreprises américaines voire par le français Total, déjà présent dans le pays. Le compte rendu de l’entretien précise:

«La baronne Symons a convenu qu’il serait difficile de justifier que les entreprises britanniques soient perdantes en Irak alors que le Royaume-Uni a lui-même manifesté un soutien remarquable au gouvernement américain pendant la crise.»

Des mémos d’octobre et novembre du ministère des Affaires étrangères expliquent que BP veut «désespérément s’introduire en Irak et s’inquiète de tractations politiques qui pourraient le priver de cette opportunité», le Foreign Office affirmant:

«Nous sommes déterminés à décrocher une juste part du gâteau pour les entreprises britanniques dans l’Irak de l’après-Saddam.»

The Independent rappelle que Shell avait décrit en 2003 des informations faisant état de discussions avec le gouvernement de «hautement erronées», que BP avait démenti tout «intérêt stratégique» en Irak et que Tony Blair avait estimé que la «théorie du complot pétrolier» était «la plus absurde qui soit». Le quotidien évalue aujourd’hui à plus de 400 millions de livres sterling (450 millions d’euros) le profit annuel réalisé dans le champ pétrolier de Rumaila par BP et le chinois CNPC, qui y ont une entreprise commune.

L’agence Reuters, qui relaie les révélations de The Independent, n’a pu obtenir de réaction ni des entreprises citées ni du gouvernement, mais rappelle que la décision de Tony Blair de participer à l’intervention américaine en Irak «a été la plus controversée de ses dix ans de mandat» et a entraîné «des divisions en interne [plusieurs ministres avaient démissionné, ndlr], des manifestations massives et des accusations selon lesquelles il a trompé les Britanniques sur les causes de la guerre, les armes de destruction massive n’ayant pas été trouvées».

Photo: le président de BP Irak, Michael Townshend, lors d'une visite sur le site de Rumaila, en mai 2010. REUTERS/Atef Hassan.

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