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La justice n'est pas la même après la pause déjeuner

Slate.fr, mis à jour le 12.04.2011 à 10 h 14

La justice est impartiale, mais elle est plus clémente après la pause déjeuner. Une récente étude parue dans la revue scientifique Proceedings of the national academy of science (PNAS) montre en effet que les juges ont beau être entraînés et formés pour être impartiaux, constants et rationnels, ils sont soumis aux mêmes défaillances que le commun des mortels.

Les auteurs de l’étude ont étudié plus de 1.000 décisions faisant suite à des demandes de liberté conditionnelle prises par huit différents juges en Israël sur une période de 10 mois. Pour chaque demande de liberté conditionnelle, un prisonnier passait devant un juge, qui pouvait accepter ou refuser la demande. Les juges ont jugé de 14 à 35 cas par jour en trois sessions: une du début de la journée à une pause snack au milieu de la matinée, une deuxième de la pause du matin à la pause déjeuner, et une troisième de la pause déjeuner à la fin de la journée.

De manière générale, les juges ont eu davantage tendance à accepter les demandes de liberté conditionnelle au début de la journée qu’à la fin, et les chances de voir sa demande acceptée étaient même doublées quand l’affaire était jugée en début de session plutôt qu’en fin de session. En fait, le nombre de cas qu’un juge avait à traiter au cours d’une session affectait de manière significative ses décisions. Les huit juges étudiés ont suivi le même schéma, et ont refusé au total 64,2% des demandes.

Le blog Discover Magazine propose le détail des décisions étudiées à travers des graphiques qui montrent bien l’évolution du nombre de demandes acceptées au cours d’une journée en fonction des pauses des juges. Et rappelle cette phrase du penseur et juge américain Jerome Frank: la justice «dépend de ce que le juge a mangé au petit-déjeuner».

Les chercheurs émettent l’hypothèse que plus le nombre de cas par session augmente, plus les juges sont fatigués. Avec la fatigue, ils ont davantage tendance à prendre la décision la plus simple, qui est de refuser la liberté conditionnelle. En effet, cette décision prend moins de temps et nécessite un verdict écrit moins long. Mais après une pause, les batteries des juges sont restaurées et ils ont plus de force pour prendre la décision plus difficile, c’est-à-dire accepter la demande de liberté conditionnelle.

Selon le magazine Wired, la leçon à tirer de cette étude est que «des variables absolument extérieures comme le moment de la journée où l’affaire est jugée peut avoir une grande influence sur le résultat légal».

Photo: Des juges en janvier 2010 REUTERS/Charles Platiau

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