Monde

Rubygate: l'audience la plus surréaliste de l'histoire de la chronique judiciaire

Slate.fr, mis à jour le 07.04.2011 à 13 h 20

«De toutes les célébrités du procès Ruby, il n'y en a qu'une dans la salle: Ilda Boccassini (la magistrate qui, avec deux collègues procureurs, a mené l'enquête ayant abouti au procès Rubygate contre Silvio Berlusconi). Mais l'armée de journalistes venus du monde entier n'a pu voir que sa nuque, lorsqu'elle s'est levée pour l'entrée des juges

C'est avec une lassitude teintée d'ironie que Michele Brambilla, journaliste pour La Stampa, relate la première audience du procès dit du «Rubygate», en référence à la jeune Marocaine Karima el-Mahroug qui se présentait dans les soirées privées du président du Conseil comme Ruby, la petite «voleuse de cœurs».

Une audience qui s'est caractérisée surtout par des absences. Celle de Silvio Berlusconi tout d'abord, qui ne s'est pas présenté au tribunal de Milan pour répondre de l’accusation de «prostitution de mineure» et d’«abus de pouvoir». Le président du Conseil italien a fait remettre une lettre à la cour en expliquant ne pas pouvoir être présent car il participe à une réunion de gouvernement à Rome.

Celle de Karima el-Mahroug ensuite. Absente, elle aussi, tout comme les célébrités appelées par la défense à témoigner sur l'innocence des soirées organisées dans la résidence personnelle de Silvio Berlusconi, la villa d'Arcore: les ministres Gelmini et Carfagna, George Clooney, l'animatrice Elisabetta Canalis, la showgirl Belén, la journaliste et actrice  Barbara D’Urso, et Cristiano Ronaldo.

«Bref, il n'y avait que les journalistes, un peloton de journalistes, pour l'audience la plus surréaliste de l'histoire de la chronique judiciaire, poursuit Michele Brambilla. Annoncée comme le jour du jugement dernier, attendue dans le monde entier, l'audience s'est résolue en 9 minutes. 9 minutes ont été suffisantes pour que les juges résolvent les formalités burocratiques et fixent la reprise du procès au 31 mai, dans l'étonnement des journalistes étrangers qui n'arrivent pas à comprendre pourquoi, pour un procès si important, la justice italienne ne parvienne pas à s'accorder sur une date plus proche

Le journaliste parle d'un écart frappant entre les attentes que l'évènement a suscitées, et sa consistance. Un écart paradoxal, qui met à nu «le côté grotesque de notre monde de l'information: nous savions tous qu'il n'y aurait eu personne et qu'il n'allait rien se passer, et pourtant nous sommes venus quand même», constate tristement Michele Brambilla, qui raconte ensuite le curieux spectacle produit par cette absence de consistance. Comme il n'y a rien d'autre à faire, les journalistes s'interviewent mutuellement:

«Les journalistes étrangers interrogent les journalistes italiens, et les italiens interrogent les étrangers

Sur la même vague cynico-ironique, le récit de Michele Brambilla se termine sur une hypothétique prophétie de ce que sera ce procès:

«Audience fin mai, puis peut-être à la mi-juin, ensuite une pause pour les vacances, reprise en octobre, puis éventuellement le démembrement du procès, moitié au tribunal des ministres et moitié à Monza, nouvelles dépositions, nouvelles audicences, et nouveau renvoi. L'écart entre l'attente et l'évènement lui-même deviendrait ainsi éternel, et tout se terminerait comme d'habitude en Italie: en perpétuel stand-by. Peut-être un jour se demandera-t-on: mais quand est-ce qu'on saura la vérité sur cette histoire de bunga bunga?, et ce jour, même les filles de Ruby seront majeures

Photo: 18 Silvio Berlusconi 2 / Alessio85 via Flickr CC License by

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