Culture

Universal lâche un biopic polémique sur Martin Luther King

Slate.fr, mis à jour le 05.04.2011 à 10 h 52

Les studios Universal ont décidé de lâcher Memphis, un projet de film sur Martin Luther King porté par le réalisateur Paul Greengrass (Bloody Sunday, United 93, Green Zone, la série des Jason Bourne…), qu’ils prévoyaient de sortir à l’occasion du prochain Martin Luther King Day, en janvier 2012. La raison officielle est qu’ils craignent que le film ne puisse pas être prêt à temps, mais il existe une raison officieuse, selon le site Deadline, qui a révélé l’information:

«Les héritiers King se montraient très critiques envers le projet et ont exercé des pressions sur le studio pour qu’il l’abandonne. […] La famille aurait fait savoir qu’elle pourrait manifester publiquement son déplaisir concernant le scénario de Greengrass.»

Si ce dernier pourrait faire rebondir ce projet chez un autre studio, le site Obsessed with Film estime qu’il doit être «actuellement vraiment furieux, car cette annulation vient seulement quelques mois après son essai infructueux pour lancer un biopic de Jimi Hendrix […] car les héritiers de la légende du rock n’étaient pas satisfait de ses plans».

«Fondé sur des informations fausses»

Le même site développe aussi les grandes lignes du projet Memphis:

«Il devait se concentrer sur les derniers moments controversés de Martin Luther King en mars-avril 68, de son combat pour les droits des éboueurs de Memphis à ses relations enflammées avec le président Johnson en raison de leur désaccord sur le Vietnam, en passant par sa vision du Black Power et de la classe ouvrière. Le film devait aussi s’attarder sur sa vie personnelle, alors qu’à l’époque sa tabagie s’intensifiait, son mariage s’effondrait et qu’il consommait des quantités déraisonnables de nourriture et d’alcool.»

Un ami et confident de King, Andrew Young, ancien maire d’Atlanta, s’en est lui pris au projet dans les colonnes du quotidien britannique The Independent on Sunday:

«Ce scénario était fondé sur des informations fausses. Des gens ont témoigné devant le Congrès du fait que le FBI avait fabriqué certaines informations, comme celle selon laquelle Martin et Coretta songeaient au divorce. […] C’est une histoire trop grandiose pour s’attarder sur des balivernes. […] Je veux que quelqu’un fasse pour Martin Luther King ce que Sir Richard Attenborough a fait pour Gandhi.»

Spielberg a un projet

Deadline estime que cette attitude pourrait également s’expliquer par l’existence d’un autre projet porté par le scénariste Ronald Harwood (Le Pianiste de Polanski) et les studios Dreamworks de Steven Spielberg, qui ont payé les droits pour pouvoir utiliser les discours du leader des droits civiques. Un troisième projet sur Martin Luther King, Selma, du réalisateur Lee Daniels, a lui échoué à se lancer.

Revenant sur cette affaire et sur celle de la mini-série sur les Kennedy tournée puis refusée par une chaîne américaine, le chroniqueur John Sutherland livre un point de vue ambigu dans The Guardian, en estimant qu’un certain degré de réécriture de l’Histoire peut encore se justifier:

«La vision de MLK n’a pas encore été entièrement accomplie: jusqu’à qu’elle le soit, son héritage doit être protégé, comme l’a été la réputation publique des Kennedy en leur temps. Tant pis si cela requiert une dose d’aseptisation, la lutte continue pour les droits civiques n’est pas chose futile. Néanmoins, je préférerais de beaucoup voir le film de Greengrass que celui de Spielberg, pas vous?»

Photo: Martin Luther King à Washington en mars 1963. pingnews.com via Flickr CC License by.

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