Monde

Les secrets de la fuite et du procès d'Adolf Eichmann

Slate.fr, mis à jour le 04.04.2011 à 11 h 15

A l’occasion du cinquantenaire du procès d’Adolf Eichmann, ouvert en avril 1961 et qui aboutit à sa pendaison le 31 mai 1962, le magazine allemand Der Spiegel et le quotidien israélien Haaretz publient deux enquêtes sur la fuite, l’arrestation et le procès du dirigeant nazi, considéré comme un des principaux responsables de la Shoah.

Dans sa version internationale, le Spiegel publie une enquête fleuve en trois parties où il raconte à partir de documents inédits comment, entre 1945 et 1950, Eichmann a gagné l’Argentine depuis l’Allemagne via l’Autriche et l’Italie, sous le nom Ricardo Klement. On l'y voit tenir une laverie à Buenos Aires, élever des lapins ou encore travailler comme ouvrier dans une usine Mercedes-Benz. Rencontrer le médecin d’Auschwitz-Birkenau Josef Mengele, «célèbre» pour ses monstrueuses expériences, assister à une cérémonie organisée par des immigrants nazis en l’honneur du président argentin Juan Peron ou affirmer ses regrets de ne pas être allé assez loin pendant la guerre: «Nous n’avons pas fait notre travail correctement, nous aurions pu en faire plus».

«D'autres priorités que la poursuite des criminels nazis»

Le Spiegel raconte aussi comment l’Allemagne a été lente à mener des recherches sur Eichmann, en partie parce que le ministère public ne pouvait lancer une enquête qu’après une plainte ait été déposée, en partie parce que la justice montrait peu d’empressement. Un mandat d’arrêt sera lancé en 1956 mais l’Allemagne se refusera à lancer un mandat d’arrêt international via Interpol.

L’ambassade d’Allemagne à Buenos Aires se découragera aussi des poursuites, l’ambassadeur ayant «d’autres priorités que la poursuite des criminels nazis». Bonn était notamment gêné par le fait qu’un ancien fonctionnaire de l’époque nazie, Hans Globke, était à ce moment-là un des proches conseillers du chancelier Adenauer.

Pas kidnappé par des «volontaires juifs»

Le quotidien israélien Haaretz publie lui, également à partir de nouveaux documents, une enquête sur la façon dont Eichmann a été capturé en Argentine. Il raconte notamment le plan qui avait été préparé si la police locale avait arrêté les agents et leur proie avant qu’ils aient passé la frontière (l’agent qui dirigeait l’opération aurait alors dû se menotter à Eichmann et détruire la clef) et confirme qu’Israël avait bien menti en affirmant à l’époque qu’Eichmann avait été kidnappé par des «volontaires juifs» plutôt que par des agents secrets.

L’article livre également des éléments sur le point de vue du gouvernement israélien sur le procès. «Il y a toute une nouvelle génération qui en a entendu parler mais ne l’a pas vécu», dit ainsi de la Shoah dans des documents le Premier ministre David Ben Gourion en vantant la valeur pédagogique du procès. Le dirigeant demande également au procureur chargé du cas Eichmann de ne pas parler au procès de «l’Allemagne» mais de «l’Allemagne nazie», afin de ne pas pénaliser les relations émergentes entre Israël et l’Allemagne de l’ouest.

Photo: Adolf Eichmann à l'ouverture de son procès, en avril 1961. REUTERS/HO Old.

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