Monde

Pourquoi les Etats-Unis ne gagnent plus de guerre

Slate.fr, mis à jour le 29.03.2011 à 10 h 26

Un bombardier furtif américain B2 REUTERS

Un bombardier furtif américain B2 REUTERS

Dans une adresse télévisée au peuple américain, Barack Obama a justifié et expliqué lundi 28 mars l'intervention militaire américaine en Libye. Laisser Mouammar Kadhafi massacrer des civils aurait «été une tache sur la conscience du monde», a-t-il déclaré. «Ce n'était pas dans notre intérêt national de laisser faire.» Le président des Etats-Unis tentait ainsi de répondre à la polémique qui monte aux Etats-Unis sur la justification de ce qui est considéré comme une troisième guerre «inutile» menée simultanément par les Etats-Unis dans un pays musulman. Une controverse illustrée notamment par des articles des magazines National Review et Forbes.

Il est très facile de souligner que l'intervention militaire américaine en Libye est en totale contradiction avec tout ce que le candidat Barack Obama avait déclaré sur la guerre avant d'être élu en novembre 2008 écrit le magazine américain National Review. Il souligne dans son édition du 26 mars l'absurdité de certaines remarques du président des Etats-Unis («Je suis habitué à cette contradiction qui consiste à être à la fois le commandant en chef et quelqu'un qui aspire à la paix») et s'interroge plus profondément sur ces guerres américaines qui n'ont aucune chance d'être gagnées.

«D'accord, nous n'avons pas vraiment perdu la plupart d'entres elles. Mais depuis 60 ans nous n'avons pas beaucoup d'autres choses à montrer que des issues incertaines», écrit National Review.  Ainsi, «les forces américaines combattent et meurent en Afghanistan depuis une décennie. Est-ce que ce n'est pas une longue période pour une puissance non-coloniale à se frayer un chemin dans un bourbier du tiers monde? Si l'objectif est de tuer des terroristes, il n'y a pas un meilleur moyen de le faire? Et si l'objectif est très différent, il pourrait être bien de le savoir?»

L'intervention en Libye est présentée comme un magnifique exemple d'une opération militaire «post-nationaliste et post-moderne». Comme au Kosovo, les Etats-Unis cherchent à faire le bien dans un pays où il n'y a pas vraiment de bons et de méchants. Seulement des méchants plus méchants que les autres. Autre particularité soulignée par National Review, «non seulement aucun intérêt stratégique américain est en jeu, mais le résultat de l'intervention a toutes les chances d'être à l'opposé de l'intérêt des Etats-Unis». Selon le centre anti-terroriste de West Point (West Point’s Combating Terrorism Center), l'est de la Libye, la région de Benghazi qui est le bastion de la révolte, a envoyé en proportion de sa population le plus grand nombre de combattants du djihad en Irak… contre les soldats américains.

«Si Kadhafi survit et si vous êtes à sa place, ne seriez-vous pas vaguement irrité? Assez pour commettre un nouvel attentat de Lockerbie, pour tenter à nouveau d'assassiner le roi d'Arabie saoudite ou pour mettre quelques bombes en Europe? En revanche, supposons que Kadhafi finisse pendu à un lampadaire... Si vous êtes un dictateur, quelle leçon allez-vous en tirer? Kadhafi est le voyou qui est devenu fréquentable, celui qui a renoncé à son programme nucléaire et a été soi-disant réhabilité pour cela par les chancelleries occidentales. Il était un “partenaire solide dans la lutte contre le terrorisme” selon des diplomates américains

Cela ne l'a pas empêché d'être lâché…

Le budget de la défense des Etats-Unis représente 43% des dépenses militaires sur la planète. Pas étonnant si l'armée américaine se retrouve assez souvent à mener la guerre pour les autres, pour la communauté internationale, pour l'ONU, pour l'Otan, au Kosovo comme en Libye. Les Etats-Unis fournissent l'essentiel du matériel et souvent des hommes et du financement. Le magazine Forbes chiffre le coût de plus en plus insupportable pour les Etats-Unis de cette armée surdimensionnée, la seule capable de conduire des interventions comme celle en Libye. Le chiffre est de 2 milliards de dollars par jour!

National Review conclut en expliquant pourquoi les Etats-Unis ne gagnent plus les guerres, en dépit de cette puissance. Car elles n'ont aucun sens. «Nous avons perdu en chemin le sens de notre intérêt national. L'Amérique a échangé l'Art de la Guerre pour Hotel California. Nous réglons la note psychologiquement mais nous ne partons jamais.»

Photo: Un bombardier furtif américain B2 / REUTERS

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte