Life

Charlie Sheen, nouvelle icône post-Empire

Slate.fr, mis à jour le 22.03.2011 à 17 h 22

Charlie Sheen représente-t-il l'idéal médiatique de la société actuelle? C'est ce que pense Bret Easton Ellis, dans un article publié sur NewsWeek le 13 mars 2011 (en version longue sur The Daily Beast) et intitulé Notes sur Charlie Sheen et la fin de l'Empire.

Le romancier est un habitué des personnages à la marge, tel Clay, le personnage principal de son premier roman Moins que zéro (1985), qui passe son temps à se droguer dans des soirées et n'a que des aventures d'une nuit. Clay est proche du personnage joué par Charlie Sheen dans la série Mon oncle Charlie (Two and a half men).

Bret Easton Ellis retourne aux sources du succès de Charlie Sheen, une scène du trop peu connu La Folle journée de Ferris Bueller (Ferris Bueller's Day Off, de John Hugues, 1986). Dans cette scène, Charlie Sheen joue un drogué dans un poste de police. «C'est là que l'on a réellement découvert Sheen, et c'est le moment clé dans sa carrière cinématographique (on s'aperçoit maintenant qu'il résumait tout ce qui s'ensuivit)», poursuit l'écrivain.

Charlie Sheen s'est fait remarquer début mars pour ses frasques ayant conduit à son éviction de la série Mon oncle Charlie. Elles marquent la fin d'une époque, celle où on pouvait encore le considérer comme un «enfant privilégié de l'Empire rampant des médias». Dans un entretien au New York Magazine en 2010, à l'occasion de la sortie de Suite(s) Impériale(s) (suite de son tout premier livre Moins que Zéro), Bret Easton Ellis expliquait ce qu'il considère être l'époque «Empire»: les années 1945-2005, en référence à la définition de l'hégémonie américaine de Gore Vidal. Bret Easton Ellis la conçoit comme une époque passée, durant laquelle «publier un objet brillant ressemblant à un livre n'était qu'un prétexte à faire la fête et au glamour».

Il avait avancé l'idée, dans la même interview, que nous étions déjà dans une époque post-Empire, faite de «Shia LaBeouf, Lady Gaga, Twilight, Trader Joe’s, and Kick-Ass, [...] Bruce Willis, R.E.M., New York, the Polo Lounge, Veuve Clicquot, “la réaction américaine au film Kick-Ass», et, dorénavant, de Charlie Sheen drogué, dépravé, mais porté aux nues par l'écrivain dans l'article de NewsWeek.

«Si vous pensez que le moment Charlie Sheen est une affaire de drogue, vous avez totalement loupé le coche. Oui, elle y joue un rôle, mais elle n'est pas au cœur de ce qui se passe —pourquoi cet instant Sheen est à ce point fascinant. (...) Ce qui fait l'intérêt de ce moment, c'est Sheen et lui seul. Il s'agit d'une crise de la quarantaine bien méritée, qui se joue sur CNN plutôt que dans le bureau d'un coach quelque part à Burbank.»

Oui, Charlie Sheen est drogué, reconnaît Bret Easton Ellis.Ce qui ne l'empêche pas d'être fasciné:

«Nous voulons de la réalité, aussi déjantée soit-elle. Et voici ce qui gêne prodigieusement l'Empire: Sheen se moque de ce que vous pouvez penser de lui, et se moque du concept de relations publiques.»

Charlie Sheen a réussi la prouesse de détruire en quelques semaines le mythe selon lequel en travaillant dur, l'homme peut «dépasser la poursuite adolescente du plaisir et d'une vie sans règles et sans responsabilités», tout en restant plus drôle et sain d'esprit que bien des célébrités actuelles, et c'est ce qui est fascinant, conclut Bret Easton Ellis.

Illustration: Charlie Sheen does the Sunday Comics / susie.c via Flickr, CC-Licence-by

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte