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L'intervention militaire en Libye ne sera pas une partie de plaisir

Temps de lecture : 2 min

Benghazi, 11 mars 2011. REUTERS/Finbarr O'Reilly
Benghazi, 11 mars 2011. REUTERS/Finbarr O'Reilly

Comme souvent les premières heures d'une intervention militaire menée avec les meilleures intentions du monde sont martiales, patriotiques et pleines de bons sentiments pour «protéger les populations civiles». Mais la réalité du terrain et de la guerre reprennent vite le dessus.

Le très respecté «Think tank» américain Council on Foreign Relations (CFR) prévient que les interventions militaires limitées ne le restent pas souvent et que par définition quand la guerre commence le scénario n'est presque jamais celui attendu.

«Le président John F. Kennedy aimait plaisanter en comparant les interventions militaires limitées à quelqu'un qui boit un verre. «Quand vous avez pris un et que les effets commencent à s'estomper, il faut en prendre un autre»», écrit Ray Takeyh, un des spécialistes du Moyen Orient du CFR. John F. Kennedy faisait allusion évidemment à l'intervention militaire limitée américaine au Vietnam. La Libye n'est pas le Vietnam et pas l'Irak, pour autant et même à une échelle différente, les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Face à un adversaire déterminé, et c'est toute la question, la puissance aérienne, aussi précise et dévastatrice soit-elle, n'est pas suffisante. La stratégie de Mouammar Khadafi va consister à essayer se faire passer pour la victime d'une agression occidentale et plus l'opération va durer et plus le risque de bavures va augmenter, plus cela deviendra facile pour lui. D'ailleurs, après avoir menacé samedi d'attaquer des objectifs «civils et militaires» en Méditerranée, le leader libyen a prédit dans un message sonore diffusé dimanche une «longue guerre». Et la Ligue Arabe pourtant favorable à l'intervention a déjà commencé à critiquer les pertes civiles iées aux frappes aériennes.

Ray Takeyh souligne que si les partisans d'un engagement militaire au côté des Libyens en révolte contre leur dictateur présentent leur cause de façon bien trop «simpliste» ne pouvant «en aucun cas nous mener dans une situation inextricable». L'expert ajoute qu'il ne s'agit pas de considérer qu'il ne faut pas intervenir, mais qu'il ne faut pas le faire à la légère et surtout sans en avoir débattu et mesuré les conséquences. «Compte tenu de nos expérience récentes au Moyen-Orient, nous devons avoir un débat honnête sur les coûts et les risques que nous prenons».

Ainsi, la résolution 1973 de l'ONU instaure une zone d'exclusion aérienne pour protéger le bastion de la rébellion de Benghazi. Si Benghazi est protégé efficacement, ce qui reste à prouver, que va faire la coalition avec les autres villes aux mains des forces de Khadafi. Benghazi peut-elle rester le seul sanctuaire protégé des exactions? Pour lever le siège d'autres villes, faudra-t-il envoyer des forces spéciales?

La coalition engagée en Libye s'est aussi chargée d'un autre fardeau dont elle ne mesure pas le poids. Elles s'est donnée la mission de soutenir, renforcer et crédibiliser l'opposition à Khadafi, le fameux Conseil national libyen de transition, sans vraiment mesurer ce qu'il représente comme forces politiques et militaires et si tous ces membres sont «fréquentables».

Nous avons pris un verre et nous nous sentons mieux, sommes-nous prêt à en prendre un autre… et encore un autre.

Photo: Benghazi, 11 mars 2011. REUTERS/Finbarr O'Reilly

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