Sports

Doit-on parler autant de football en période de catastrophe?

Slate.fr, mis à jour le 18.03.2011 à 19 h 02

Le football doit-il faire la une des médias pendant une catastrophe telle que celle que vit actuellement le Japon, ou une période de forte tensions comme c'est le cas en Libye? Un chroniqueur du repaire de passionnés When Saturday Comes, un des magazines de football les plus réputés outre-Manche, répond non sous le titre «Le football ne devrait pas supplanter les réelles tragédies».

Le journaliste s'appuie, pour s'en détacher, sur la phrase célèbre de l'ancien entraîneur de Liverpool Bill Shankly: «Le football n'est pas une question de vie ou de mort, c'est quelque chose de bien plus important que cela.» «A lire les sites des principaux journaux britanniques ce week-end, on pouvait se demander combien de leurs rédacteurs l'ont encadrée au-dessus de leurs bureaux, les poussant à l'appliquer au pied de la lettre quotidiennement», explique-t-il:

«Autrefois, vous saviez que quelque chose d'extraordinaire s'était produit quand l'info sportive dominait ou même se glissait en une. Maintenant, sur les journaux papiers et surtout sur internet, on nous demande d'accepter que, par exemple, la couverture live d'un tour de Coupe d'Angleterre entre Manchester United et Arsenal mérite une place éminente aux côtés du tsunami meurtrier au Japon et des explosions qui s'en sont suivies dans une centrale nucléaire. [...] Juxtaposer un article sur une tragédie de grande ampleur avec un simple évènement sportif adresse un message pervers comme quoi les deux sont aussi importants. [...] Je lis souvent et apprécie le commentaire live d'un match, mais pourquoi ne pas mettre un simple bandeau Sport ou Football au sommet de la page pour m'y amener? [...] Cela enlèverait cette perception comme quoi nous devons traiter la guerre, les tremblements de terre, les révolutions et les catastrophes environnementales avec la même attention que les récents sauts de forme de deux des meilleures équipes anglaises.»

Il y a dix ans, le 11 septembre 2001, l'UEFA avait maintenu une soirée de Ligue des champions malgré les attentats survenus aux Etats-Unis dans l'après-midi. Le lendemain, le quotidien sportif L'Equipe avait fait une une «footballistique» sur le match de l'équipe de Nantes, avant de se «corriger» le lendemain en titrant «Le temps du recueillement».

Les unes de L'Equipe des 11 et 12 septembre 2001

Les Cahiers du football, eux, s'étaient interrogés quelques jours plus tard sur les rapports entre cet évènement planétaire et l'amour pour le football:

«La violence physique et symbolique inouïe des attentats aux Etats-Unis crée brièvement les conditions d'une prise de conscience de ce rapport très particulier entre la misère du monde et nos sentiments pour le football, dont le caractère totalement dérisoire apparaît aujourd'hui en toute évidence. Ceux qui ont apprécié au cours de cette semaine de pouvoir s'extraire pour quelques heures de ce cauchemar en regardant un match en auront peut-être une idée. Les autres qui en auront perdu l'envie savent que la vie continuera et que l'envie reviendra, même si ce ne sera plus exactement dans le même monde.»

Photo: une minute de silence avant un match en Angleterre, en décembre 2007. thetelf via Flickr CC License by.

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