Monde

Italie: un anniversaire controversé

Slate.fr, mis à jour le 17.03.2011 à 12 h 14

«Nous avons fait l'Italie, il reste à faire les Italiens», disait en 1861 l'homme politique piémontais Massimo d'Azeglio. «Un siècle et demi plus tard, la consigne serait-elle toujours à l'ordre du jour ?» se demande l'Express.

Jeudi 17 mars, l'Italie fête les 150 ans »de son unité proclamée en mars 1861, suite à l'expédition des Mille, les chemises rouges de Giuseppe Garibaldi. Toutes les villes du pays se parent des couleurs du drapeau national, comme on peut le voir dans ce diaporama de photographies publié sur Il Corriere della Sera. Et pourtant, le pays n'est pas que vert blanc et rouge, et l'anniversaire de la proclamation du royaume d'Italie par le premier Parlement national réuni à Turin, le 17 mars 1861, suscite de nombreuses polémiques.

A commencer par l'instauration même d'un jour ferié pour l'occasion, une décision qui a irrité les partisans de la ligue du Nord: deux ministres du parti, Umberto Bossi et Roberto Calderoli, ont voté contre cette initiative, et le ministre de l'Intérieur Roberto Maroni  était absent lors de la discussion, raconte l'Express: «L'hostilité de la Ligue du Nord à ces célébrations est vue par certains comme une nouvelle preuve des volontés sécessionnistes des partisans de la "Padanie", le riche nord industriel du pays, qui se plaignent de trop payer pour le Sud et les "voleurs de Rome"».

Mais les membres de la Lega ne sont pas les seuls à contester ce jour ferié: des voix se sont élevées aussi dans le milieux économiques, inquiets de l'institution d'un jour ferié supplémentaire en période de crise.

Ce 17 mars devient dès lors non seulement l'occasion de fêter ce siècle et demi d'unité, mais aussi un prétexte pour réfléchir à sa signification. Les journaux regorgent d'analyses sur cette nation si particulière.

Sur La Stampa, l'historien et politologue Gian Enrico Rusconi analyse le regard que les Européens portent sur l'Italie:

«Il y a 150 ans, comment les Européens regardaient-ils l'Italie? Avec stupeur, incrédulité, et admiration. A leurs yeux les italiens avaient réalisé une entreprise - l'unité italienne- presque impossible et par des moyens qu'ils considéraient admirables. Et aujourd'hui? Les Européens regardent l'Italie encore avec stupeur, avec incrédulité, mais aussi avec une méfiance désenchantée. Comme s'ils ne la reconnaissaient plus».

Un autre historien, britannique cette fois, profite de l'occasion pour dresser un bilan de l'Italie: repris et traduit par Presseurop, Timothy Garton Ash dresse un portrait peu avantageux du bel paese… et de l’Europe. En effet, pour l'historien, l'Italie nous en dit beaucoup de l'Europe d'aujourd'hui: 

«L’essentiel de ce qui a façonné l’identité européenne traditionnelle, née au début de l’époque moderne (en particulier l’héritage de l’Antiquité grecque et du christianisme), est parvenu jusqu’à nous par la Rome antique. C’est cela l’Europe, de Jules César à Silvio Berlusconi

En 8 points, Timothy Garton Ash réalise donc un portrait cynique et critique de l'Italie et de l'Europe contemporaines. Dans le point numéro 2, il explique par exemple que «plus que d’un récit, c’est d’un mode de vie que se targue l’Europe. L’Italie est le plus glorieux parangon de ce mode de vie: gastronomie, vins, mode, soleil, horaires de travail laissant une place à la vie sociale et à de longues vacances, dolce vita, etc. A ceci près qu’un nombre de plus en plus réduit d’Italiens et d’Européens jouissent effectivement de ce mode de vie, qui reste utopique à moins d’une réforme radicale du système économique et de l’Etat providence, ainsi que d’une bonne intégration des hommes et des femmes immigrés, souvent musulmans (Pie II doit se retourner dans sa tombe)».

Photo: La partenza da Quarto, wikimedia.

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