Monde

Le Japon en direct: La bataille de la communication

Slate.fr, mis à jour le 16.03.2011 à 18 h 30

 » A regarder, notre grand format des images du séisme


- Mercredi 16 mars -

La bataille de la communication

17h49 [Nouvel Obs/Business Week / RMC / NHK / Bloomberg] Le responsable du portefeuille de l'énergie européen a affirmé à un comité du Parlement européen que «le site est effectivement hors de contrôle», un jour après avoir déclaré que le Japon était face à une «apocalypse». Lors d'une audition à l'Assemblée nationale mercredi après-midi, la ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet a dit redouter «une catastrophe nucléaire à partir de la centrale de Fukushima», allant jusqu'à estimer qu'il «pourrait y avoir des retombées radioactives dans l'hémisphère nord et en petite partie en France mais sans risque sanitaire».

Ce mercredi matin, c'était le ministre de l'Industrie français Eric Besson qui estimait que les autorités locales avaient «perdu visiblement l'essentiel de la maîtrise [de la situation] soit totalement, soit partiellement. En tout cas c'est notre analyse, ce n'est pas ce qu'ils [les Japonais] disent pour être juste».

Et c'est bien le problème: les Japonais passent leur temps à essayer de rassurer l'opinion alors que le reste du monde s'inquiète de plus en plus. Le Ministre des affaires étrangères japonais a appelé au calme alors que plusieurs gouvernements étrangers ont conseillé à leurs ressortissants de quitter le Japon ou de ne pas y aller. Plusieurs gouvernements ont évacué leurs ambassades à Tokyo, enles relocalisant ailleurs dans le pays.

Le ministère japonais a demandé aux diplomates étrangers de correctement relayer les informations fournies par les autorités japonaises sur la centrale nucléaire.

Le directeur de l'Agence Internationale de l'Energie Atomique va partir au Japon demain jeudi 17 mars. Il s'est plaint du manque de communication de la part des autorités japonaises, qui empêche l'agence d'évaluer la gravité de la situation et a mené à la confusion ces derniers jours (par exemple, l'agence a annoncé qu'il n'y avait pas d'indication de coeurs de réacteurs en fusion le 14 mars, alors que les autorités japonaises voyaient «une forte probabilité» de fusion).

Alors que l'Autorité de sûreté nucléaire française a fait passer l'incident nucléaire japonais au niveau de gravité 6 (juste en dessous de Tchernobyl, niveau 7), l'agence nucléaire japonaise estime toujours être au niveau 4.

16h52 [New York Times / Japan Quake] Deux cartes interactives permettent de mieux comprendre l'ampleur des dégats du séisme et du tsunami au Japon.

Le New York Times a cartographié le nombre de morts et de disparus –pas encore définitif– communiqué par le Ministère des affaires intérieures et de la communication au matin du mercredi (heure japonaise). D'autres onglets permettent de voir le nombre de bâtiments détruits, des photos, et l'état des centrales nucléaires sur tout l'archipel.

Un professeur de l'université de Canterbury en Nouvelle Zélande a créé une google map qui permet de voir toutes les répliques du tremblement de terre depuis le séisme de vendredi. Il y en a eu 38 dans les dernières 24 heures.

Le point sur les réacteurs

15h45 [New York Times / Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire]

Réacteur n°1: après l'échec du système de refroidissement automatique, 70% du coeur du réacteur est endommagé. De la vapeur s'est échappée, une explosion d'hydrogène a fait sauter le toit, les employés y ont pompé de l'eau salée pour tenter de le refroidir. L'enceinte de confinement est censée être intacte. 

Réacteur n°2: après l'échec du système de refroidissement automatique les employés y ont pompé de l'eau salée pour tenter de le refroidir. L'enceinte de confinement a été endommagée et des barres de combustion au coeur du réacteur ont fondu (33% du coeur est endommagé), malgré des tentatives pour injecter de l'eau salée directement dans l'enceinte.

Réacteur n°3: après l'échec du système de refroidissement automatique, les employés y ont pompé de l'eau salée pour tenter de le refroidir. De la vapeur s'est échappée, une explosion d'hydrogène a eu lieu. On craint une fusion partielle du coeur du réacteur, et des radiations élevées ont été mesurées près du réacteur. Le coeur du réacteur est partiellement endommagé, et l'enceinte de confinement pourrait être endommagée.

Réacteur n°4: en réparation quand le tremblement de terre a eu lieu, un feu s'est déclaré, possiblement par une explosion d'hydrogène dans une piscine qui contenait des barres de combustible usagées. On craint que le niveau d'eau de la piscine ne baisse parce que l'eau est en ébullition, à cause de la chaleur produite par les barres de combustible usagées. Si la piscine s'assèche, on risque la fusion du combustible présent, avec des rejets radioactifs importants.

La température de l'eau dans les réacteurs 5 et 6 (non visibles dans la photo ci-dessous) serait également en augmentation. Comme le n°4, ces deux réacteurs n'étaient pas en activité au moment du séisme et du tsunami.

Voir aussi l'infographie interactive du New York Times sur la façon dont un réacteur est censé s'éteindre, et ce qui s'est passé au Japon, et le petit lexique du nucléaire mis au point par Lemonde.fr.

 

La neige complique l'action des secours

14h40 [Kyodo News / Guardian] Il neige au Japon, ce qui n'arrange pas les efforts des secours et d'aide à la population, déjà enrayés par le manque d'eau, de pétrole et de nourriture. Le gouvernement a mobilisé 80.000 pompiers, policiers et membres des forces de défense civile –dont des réservistes de ces forces, pour la première fois depuis leur établissement en 1954.

Il devient aussi de plus en plus difficile de gérer les morts: Dans la ville d'Ishinomaki, les écoles ont été transformées en morgues le temps de trouver une façon d'enterrer les morts. Le gouvernement local envisage de procéder à des enterrements collectifs. Le maire adjoint estime qu'au moins 10.000 personnes de la ville de 160.000 habitants ont pu mourir dans le tsunami, une telle quantité empêchant les incinérations traditionnelles:

«Notre ville n'a qu'un seul crematorium, qui peut gérer environ 18 corps par jour. S'il y a 10.000 morts, ça prendra 500 jours pour tous les brûler.»

Des membres des forces de la défense civile japonaise marchent dans les ruines de Kamaishi, ville de la préfecture d'Iwate, le 16 mars 2011. REUTERS/Damir Sagolj

Les failles des réacteurs connues depuis 1972

13h01 [New York Times / Guardian] Dès 1972, des experts prévenaient que si les systèmes de refroidissement lâchaient dans les réacteurs nucléaires de type «Mark 1», utilisés par la centrale de Fukushima, l'enceinte de confinement entourant le réacteur exploserait probablement à cause de la surchauffe des barres de combustibles qu'elle contient. Et des radiations dangereuses seraient dispersées dans l'air.

L'enceinte de confinement des Mark 1 de Fukushima a été développée par General Electric en 1960, et elle est physiquement moins robuste que celle de la plupart des réacteurs nucléaires dans le reste du monde.

Le New York Times rapporte que déjà en 1972, un responsable de la Commission sur l'Energie Atomique américaine avait recommandé que les «Mark 1» ne soient plus commercialisés à cause des risques de sécurité qu'ils représentaient. Mais ce n'avait pas été fait, parce que la technologie était tellement populaire auprès du secteur qu'une telle décision «pourrait signifier la fin de l'énergie nucléaire».

Un cable diplomatique obtenu par Wikileaks et relayé par le Guardian révèle qu'en 2008, un membre du parlement japonais s'était fortement opposé à la façon dont fonctionne le secteur nucléaire dans le pays, et accusait la bureaucratie japonaise et les entreprises d'électricité d'adopter une stratégie nucléaire désuette et de ne pas transférer certaines informations au Parlement et à la population.

12h12 [Kyodo News / New York Times] L'opération prévue par les forces de défense civile japonaise sur la centrale ne pourra pas avoir lieu: il était prévu d'arroser le réacteur n°3 de la centrale Fukushima depuis des hélicoptères pour le refroidir, mais l'opération a dû être abandonnée à cause du niveau de radiation trop élevé autour de la centrale, ont affirmé des responsables du Ministère de la défense.

L'enceinte de confinement du réacteur a été endommagé et de la vapeur radioactive semble s'en échapper, a expliqué le gouvernement, qui craint que les barres de combustible contenus dans le réacteur aient été atteintes.

Le «non-rapatriement» des Français du Japon

10h39 [JDD / RTL / AP] 280 Français «prioritaires» (notamment des enfants) vont être ramenés du Japon dans un avion de la sécurité civile, a déclaré le Premier ministre François Fillon, qui a également annoncé avoir demandé à Air France de mettre plus d'avions à disposition entre les deux pays. La compagnie a quant à elle lancé un tarif spécial aller simple Tokyo-Paris et Osaka-Paris à 700 euros, valable jusqu'au 31 mars.

Il reste environ 2.000 Français à Tokyo, sur les 5.000 qui y vivent «en temps normal»:

«Nous avons proposé à ceux de nos compatriotes qui ne sont pas astreints à rester à Tokyo de rentrer en France ou partir vers le sud du Japon dès maintenant.»

L'ambassade de France insiste pour dire que le retour des 280 personnes n'était «pas une opération de rapatriement»: La France n'évacue pas ses ressortissants, elle facilite le départ de ceux qui souhaitent quitter le pays. Quatre Français sont toujours portés disparus dans la zone du séisme et du tsunami de vendredi 11 mars.

Les journalistes français présents sur place commencent aussi à rentrer: Radio France rapatrie ses journalistes, sauf le correspondant Frédéric Charles, qui a pour l'instant décidé de rester à Tokyo (tout comme le correspondant de RTL, qui a refusé de rentrer en France). France Télévisions va rapatrier plusieurs de ses journalistes pour en laisser une quinzaine à Osaka, mais se «réserve la possibilité de rapatrier tout le monde dans délais» si besoin. Deux équipes de TF1 restent également à Osaka. Trois des correspondants de la chaîne France 24, qui leur avait demandé de se rapprocher de la centrale de Fukushima il y a quelques jours, ont reçu l'ordre inverse: s'éloigner, pour des raisons de sécurité.

9h45 [AFP] La situation reste critique à la centrale de Fukushima: le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano, a annoncé que la radioactivité y avait fortement augmenté vers 2 heures du matin heure française, après deux nouveaux incendies dans les réacteurs 3 et 4. Avant de baisser, elle a atteint à la porte d'entrée de la centrale un niveau maximal de 6,4 millisieverts, selon l'agence de sûreté nucléaire (chiffre qui était monté à 400 millisieverts mardi, mais près du réacteur 3). Il est aussi possible que l'enceinte de confinement du réacteur 3 ait été endommagée. Les employés encore présents sur le site ont été temporairement évacués.

Un nouveau séisme, d'une magnitude de 6,4, s'est produit à Tokyo mercredi à la mi-journée. Son épicentre était situé au large de la préfecture de Chiba, à l'est de la capitale. Le dernier bilan officiel, établi mercredi, était de 3.676 décès.

- Mardi 15 mars -

Morts, disparus: Le flou des bilans provisoires

18h15 [Kyodo News/ New York Times] Les bilans provisoires restent flous et contradictoires: Kyodo News parle de plus de 10.000 morts et disparus depuis vendredi, soit «la première fois depuis le Grand Séisme de Kanto de 1923 que le nombre de personnes mortes et disparues dans une catastrophe naturelle a dépassé les 10.000».

Elle rapporte les chiffres de la police nationale, qui parle de 3.373 personnes mortes et 6.746 disparues dans 12 préfectures. Auxquelles s'ajoutent 16.000 personnes dont on est sans nouvelles dans deux autres villes (8.000 à Otsuchi, où a été notamment sauvée une dame de 70 ans, et 8.000 à Minamisanriku). Le nombre de personnes disparues serait donc plutôt de 32.746.

Mais le New York Times parle de 10.000 morts et cite un officier de police qui affirme que, rien que pour le port de Minamisanriku, le nombre de morts «dépasserait certainement 10.000», soit plus de la moitié de la population totale.

Le niveau des radiations en baisse

16h43 [New York Times / BBC / Spiegel] Le gouvernement affirme que les niveaux de radiation ont fortement baissé à la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, alors qu'ils avaient dangereusement augmenté dans la journée de mardi. Le New York Times, qui disait plus tôt dans la journée que la situation virait à la catastrophe, estime désormais que, «bien que la situation reste périlleuse, des signes montraient que les employés avaient, au moins pour le moment, réussi à endiguer une partie du danger».

Le vent disperse les radiations vers l'Est, l'Océan Pacifique, mais les personnes habitants dans les 20 km autour de la centrale ont dû quitter leur maison. Ceux vivant à une distance d'entre 20 et 30 km doivent rester confinés chez eux. Le Japon a établi une zone d'exclusion aérienne de 30 km autour de la centrale pour éviter que les avions ne répandent les radiations.

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