Monde

L'accident nucléaire japonais plus grave que Three Mile Island, pas encore un nouveau Tchernobyl

Slate.fr, mis à jour le 15.03.2011 à 9 h 22

  • Le combustible du réacteur 2 de la centrale de Fukushima pourrait entrer en fusion 
  • Deux nouvelles explosions dans le réacteur 3
  • Le nucléaire fait débat dans de nombreux pays européens, dont la France
  • La Banque du Japon effectue la plus importante opération de son histoire pour soutenir l'économie
  • Revivez les évènements des journées de samedi et de dimanche

» A regarder, notre grand format des images du séisme

Grand format Japon

- Lundi 14 mars -

18h35 [AFP/Reuters] Le président de l'Autorité française de sûreté nucléaire (ASN) André-Claude Lacoste a expliqué lors d'un point presse que l'accident nucléaire japonais avait sans doute dépassé le niveau de la catastrophe nucléaire de Three Mile Island aux Etats-Unis (niveau 5) sans atteindre celui de Tchernobyl (niveau 7), ce qui le situerait au niveau 6. Yukia Amano, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), a lui estimé «improbable» l'éventualité que l'accident devienne aussi grave que Tchernobyl.

La petite phrase qui fâche

17h30 [Vanity Fair] «Le bilan humain a l'air d'être bien pire que le bilan économique, nous devons nous en estimer heureux. Le bilan humain est tragique, nous le savons, mais les marchés, tous les marchés —pétrole, actions, matières premières, or— ne connaissent pas d'effondrement ou d'éclatement». Cette phrase du présentateur de CNBC Larry Kudlow crée la polémique aux Etats-Unis, où Vanity Fair ironise: «En ces temps économiques difficiles, n'est-il pas réconfortant de savoir que les catastrophes naturelles n'ont pas nécessairement un effet négatif sur votre portefeuille d'investissement?».

17h05 [Café Babel] Il n'y pas qu'en France que les évènements au Japon créent le débat sur le nucléaire: en Allemagne, des manifestants ont bâti une chaîne humaine de 45 km à Stuttgart samedi et, selon le magazine Focus, Angela Merkel aurait annoncé sa volonté de revenir sur le prolongement la durée de vie des centrales. En Italie, où treize centrales de nouvelle génération doivent être construites d'ici 2020, l'opposition de centre gauche devrait revenir à la charge. En Espagne, le débat sur la durée de vie des centrales pourrait également être relancé...

16h55 [AP] Selon l'agence Associated Press, les barres de combustible seraient actuellement en train de fondre dans les trois réacteurs. «Même si nous ne pouvons pas directement vérifier, la probabilité que cela soit en train de se produire est très haute», explique un membre du gouvernement cité par l'agence. «Certains experts qualifieraient cela de fusion partielle du réacteur», ajoute AP.

16h10 [Faster Forward] Analysant la façon dont il a appris les premières informations sur le séisme, Rob Pegoraro, du Washington Post, s'est replongé dans ses archives et a retrouvé un article qu'il avait écrit sur l'utilisation d'internet au moment du séisme de Kobé, en 1995. Autre époque...

«Au coeur du désastre, des personnes de la faculté des Affaires internationales de Kobé ont créé plusieurs pages sur le drame sur le World Wide Web, le dépôt en ligne de textes avec liens, d'images et de sons»

2% de PIB perdus?

16h [Nieman Watchdog/Weeko/The Big Picture] Encore des informations sur la reconstruction à venir de l'économie japonaise: le Nieman Watchdog, site qui s'intéresse aux questions que la presse devrait poser sur un évènement, explique ainsi que le Japon pourra la financer par l'emprunt, sans devoir emprunter à des taux prohibitifs, l'épargne domestique étant abondante. Et sans risquer une crise de la dette comme c'est le cas en Grèce, une grande majorité de celle-ci étant libellée dans une monnaie dont elle a le monopole, le yen.

Le site financier français weeko publie lui des extraits d'une étude des économistes de la Société Générale qui estiment que le coût du désastre pourrait dépasser les 2% de PIB pour le pays.

Enfin, le site The Big Picture publie une comparaison économique du séisme de 2011 avec celui de Kobe, en 1995: s'il note que celui-ci avait davantage frappé des régions industrialisées, il n'écarte pas le risque que cette année l'économie japonaise «sera plus durement touchée et mettra plus longtemps à s'ajuster qu'en 1995».

«Un drame pour la France et sa filière nucléaire»

15h30 [Les Coulisses de l'Elysée] Arnaud Leparmentier, qui couvre l'Elysée pour Le Monde, cite un proche de Nicolas Sarkozy selon qui ce qui se passe au Japon «est un événement considérable et un drame pour la France et sa filière nucléaire». Commentaire du journaliste:

«L'Italie, sujette aux tremblements de terre, achètera-t-elle comme prévu quatre EPR, le réacteur français de troisième génération? Rien n'est moins sûr. La liste des pays susceptibles d'acheter des réacteurs se réduit. [...] Seule parade, la sécurité de l'EPR, vantée par l'Elysée, qui pourrait résister au choc d'un avion et dont le cœur s'enfermerait dans une coque de béton en cas de fusion.»

Sur son blog, l'assistant parlementaire Authueil se «paie» lui les écologistes français:

«On serait au Néolithique, ils demanderaient sans aucun doute l'interdiction du feu. Trop dangereux (ça brûle), polluant. Et franchement, on ne voit pas ce que ça apporte, puisqu'on arrivait bien à vivre sans.»

12h30 [AFP] Cité par l'AFP, l'opérateur de la centrale nucléaire de Fukushima, la compagnie Tokyo Electric Power (Tepco), n'a pas exclu que le combustible du réacteur 2 de la centrale de Fukushima soit entré en fusion à cause d'une panne du système de refroidissement. Pour éviter cela, elle injecte de l'eau de mer dans l'enceinte du réacteur et relâche volontairement des vapeurs pour soulager l'enceinte de confinement. Un processus qui a provoqué une accumulation d'hydrogène puis des explosions dans les bâtiments supérieurs des réacteurs 1 et 3. Le gouvernement a cependant jugé improbable ce scénario pour le réacteur n°2.

Un expatrié critique l'ambassade de France

12h [Suppaiku.com, via Minorités] Un expatrié installé à Tokyo, Madjid Ben Chikh, publie sur son blog une longue note où il explique qui sont les Français installés au Japon, et pousse un «coup de gueule» contre la représentation diplomatique française là-bas. Il copie le dernier message envoyé par l'ambassade, dimanche à 18 heures heure locale, qui évoque notamment les probabilités d'un autre séisme:

«Le mail brutal de l'ambassade, sans aucune pédagogie m'a tué, retourné, torturé. [...] Et je crois sans me tromper pouvoir affirmer que les personnels qui pondent ce genre de dépêche n'ont pas leur place au Japon. [...] Si j'avais eu la responsabilité d'un tel message, j'aurais pondéré sans dissimuler la gravité. Plutôt que reprendre bruts ces pourcentages, j'aurais rappelé que la situation particulière de Tokyo ainsi que la force du tremblement de terre de Miyagi rendaient le risque d'une forte réplique quasiment inévitable (et là, j'aurais donné les pourcentages). [...] Et j'aurais rappelé les principales précautions à observer en cas de séisme, tout en invitant ceux qui le pouvaient à reporter leur voyage où à visiter leur famille en province. [...] Et j'en reviens à l'ambassade fermée, aux ilotiers absents. Pourquoi lesdits ilotiers n'auraient pas pu prévoir des regroupements de Français, pour rompre notre solitude, casser ce cycle de rumeurs, ces mails affolés venant de nos proches en France. On aurait pu s'organiser pour se retrouver les uns chez les autres, tranquillement, dès samedi. Pour libérer du stress. Les couples mixtes auraient pu recevoir, donnant ainsi un sentiment de Fraternités. Aujourd'hui, ces ilotiers, l'ambassade auraient pu créer un groupe Google Group, animer un forum. Non. Ils ont fui. Ils nous ont laissé avec un quotidien, nos attaches.» 

11h45 [The New York Times] Le Pentagone devrait annoncer prochainement que le porte-avions Ronald Reagan est passé au travers d'un nuage radioactif provenant de l'incident nucléaire japonais, «infligeant à l'équipage l'équivalent d'un mois de radiations en une heure».

11h30 [Time/ABC News]Le poids des chiffres, le choc des photos: ABC News publie un impressionnant portfolio d'images aériennes du Japon avant et après le séisme. Time, de son côté, consacre un intéressant article au coût du séisme, en revenant sur les estimations de 30 milliards d'euros annoncées pour les assureurs. Cela en ferait le séisme le plus coûteux de l'histoire, devant celui survenu en 1994 en Californie, et la deuxième catastrophe naturelle la plus coûteuse, derrière l'ouragan Katrina. Et d'autres sources fournissent un chiffre bien supérieur, sans oublier le coût pour l'économie en général.

07H00  [BusinessWeek] Deux nouvelles explosions à l'hydrogène se sont produites lundi vers midi, heure locale, 3 heures du matin, heure française, dans le bâtiment du réacteur 3 de la centrale nucléaire de Fukushima. En cause: la difficulté de refroidissement des réacteurs.

Selon le propriétaire de la centrale nucléaire, Tokyo Electric Power (Tepco), cité par l'agence de presse Jiji, l'explosion de lundi n'a pas endommagé le caisson renfermant le coeur du réacteur n°3. Le secrétaire général du gouvernement, Yukio Edano, a pour sa part assuré que cette nouvelle explosion ne devrait pas provoquer une fuite radioactive majeure.

Les autorités locales ont toutefois conseillé aux personnes se trouvant encore dans un rayon de 20km autour de la centrale nucléaire de rester confinées chez elles. Selon Jiji, sept personnes, dont six soldats, sont portées disparues à la suite de l'explosion.

Par ailleurs, le circuit de refroidissement du réacteur 2 de la centrale nucléaire de Fukushima est à son tour en panne. C'est une panne identique qui a entrainé les explosions dans les bâtiments abritant les réacteurs 1 et 3.

02H37 [Bloomberg] La Banque du Japon injecte 12 mille milliards de yens soit environ 105 milliards d'euros dans l'économie,  la plus importante opération de ce type de son histoire. Ces liquidités doivent permettre d'éviter toute défaillance du système bancaire japonais et de soutenir les marchés financiers. «Nous prenons toutes les mesures possibles, dont l'apport de liquidités, pour assurer la stabilité des marchés financiers et faciliter les opérations», a déclaré un porte-parole de la banque centrale nippone.

Le coût de la catastrophe pourrait s'élever pour les assurances à près de 30 milliards d'euros, selon une estimation initiale publiée dimanche 13 mars par AIR Worldwide, spécialiste de l'évaluation du risque.

La Bourse de Tokyo était en forte baisse d'environ 5% lundi 14 mars pour la première séance après le séisme, tandis que le yen montait, les Japonais rapatriant des fonds pour financer les opérations de reconstruction qui vont être nécessaires après le séisme.

Photo: un hélicoptère survole la centrale de Fukushima Daiichi, le 12 mars 2011. REUTERS/Kim Kyung-Hoon.

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