Life

Un scientifique de la Nasa affirme avoir trouvé des preuves de vie extraterrestre

Slate.fr, mis à jour le 08.03.2011 à 10 h 19

Un astrobiologiste de la Nasa affirme qu'il a trouvé des preuves de vie extraterrestre: des fossiles de bactéries trouvées dans des météorites très rares (il n'en existe que 9 sur la Terre).

Ses conclusions, publiées dans le Journal of Cosmology vendredi 4 mars au soir et disponibles sur le site de la revue scientifique, expliquent comment il a découvert les fossiles, en cassant la météorite puis en analysant la roche exposée avec deux microscopes permettant de détecter tout reste de fossile. Et il a ainsi trouvé des fossiles de micro-organismes, dont la plupart ressemblent beaucoup à ceux qu'on peut trouver sur Terre.

Comme il l'a dit dans une interview à Fox News:

«Ce qui est excitant c'est que dans beaucoup de cas ils sont reconnaissables et on peut les associer de très près à des espèces génériques ici sur terre. Il y en a qui sont juste très étranges et ne ressemblent à rien que j'aie pu identifier, et je les ai montré à beaucoup d'autres experts qui sont restés perplexes eux aussi.»

Et d'ajouter:

«J'interprète ça comme une indication que la vie est distribuée de façon plus large que restreinte strictement à la planète terre. [...] Ce domaine d'études a à peine été effleuré –parce que, pour être franc, beaucoup de scientifiques diraient que c'est impossible.»

En prévision de ces critiques de ses pairs «vue la nature controversée de sa découverte», le rédacteur en chef du Journal of Cosmology a pris des mesures bien particulières. D'abord avec une note précisant que «Docteur Richard Hoover est un scientifique et un astrobiologiste hautement respecté, avec une liste prestigieuse de réussites à la Nasa». Ensuite en invitant 100 experts à analyser les résultats du Dr. Hoover, analyses qui seront publiées du lundi 7 mars au jeudi 10 sur le site.

Et précise au passage:

«Aucune autre étude dans l'histoire de la science n'a subi une analyse aussi profonde, et aucun autre journal scientifique dans l'histoire de la science n'a fourni une étude aussi importante à la communauté scientifique, pour qu'elle la commente, avant qu'elle ne soit publiée.»

Il faut dire que la nature scientifique des méthodes du Journal of Cosmology, qui publie l'étude, est remise en question par de nombreux spécialistes. Derniers en date, ceux de la Nasa même: le directeur de l'Institut d'astrobiologie de la Nasa a souligné que c'était «une revendication faite par M. Hoover depuis plusieurs années» (Gawker fait la liste des différentes revendications de Hoover).

Et le directeur a précisé à l'AFP:

«Je n'ai connaissance d'aucun autre chercheur spécialiste des météorites venant appuyer ces affirmations plutôt extraordinaires selon lesquelles il y aurait des preuves de la présence de microbes dans les météorites avant qu'elles arrivent sur Terre et non pas par contamination après leur arrivée sur Terre»

Un autre directeur scientifique de la Nasa, basé à Washington, a publié un communiqué soulignant que l'agence n'était pas au courant qu'Hoover avait soumis son étude au Journal of Cosmology:

«Bien que nous soutenions l'échange libre d'idées, de données et d'informations dans le cadre d'enquêtes scientifiques et techniques, la Nasa ne peut pas soutenir ou confirmer une affirmation scientifique si elle n'a pas été étudiée par des pairs ou examinée en profondeur par d'autres experts qualifiés. Cette étude a été soumise en 2007 à l'International Journal of Astrobiolgy. Cependant, elle n'avait pas été revue par des pairs pour cette proposition. [...] Toutes questions supplémentaires devraient être posées à l'auteur de l'étude.»

Dans les commentaires du blog Nasawatch qui suit cette histoire de près, un internaute qui se présente comme Rocco Mancinelli, l'un des chefs de rubrique de l'International Journal of Astrobiology, affirme que le communiqué n'est même pas entièrement correct: «Ce n'est pas vrai, l'étude a été rejetée, après avoir été revue par des pairs.»

La Nasa ne soutient donc pas son astrobiologiste dans ses affirmations sur la vie extraterrestre. Et la Nasa a déjà annoncé elle-même des découvertes mirobolantes... qui dans le passé ont déçu. Pierre Barthélémy analysait ainsi pour Slate la dernière grande annonce de l'institut –qui devait être «une découverte en astrobiologie qui aura un impact sur la recherche de preuve d'une vie extraterrestre», et s'est avérée simplement présenter une bactérie exotique capable d'intégrer de l'arsenic à son métabolisme.

Il écrivait alors:

«Depuis de nombreuses années, dès qu'il s'agit de planètes extrasolaires et de vie extraterrestre, la Nasa et la kyrielle de chercheurs qui lui sont apparentés sont passés maîtres dans l'art du dérapage médiatique, voulu ou pas, contrôlé ou pas.»

Et expliquait que dans le monde de la recherche anglo-saxonne, médiatiser ses découvertes fait partie du métier de chercheur, une action nécessaire «pour restituer les résultats du travail scientifique auprès du public qui le finance, mais surtout pour montrer que les chercheurs sont aussi des trouveurs, que les budgets alloués ne l'ont pas été en pure perte et qu'il faut renouveler les crédits pour obtenir de nouveaux résultats, de préférence encore plus spectaculaires...»

Photo: le fossile d'un micro-organisme trouvé par Hoover, qui est similaire en taille, morphologie et composition interne à une bactérie terrienne.

Actualisation le 8/03/11 avec les réactions d'autres scientifiques de la Nasa, et du chef de rubrique de l'International Journal of Astrobiology.

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte