Monde

En Allemagne, la croissance ne fait pas d'enfants

Temps de lecture : 2 min

«L’Allemagne ne doit créer aucun stimulant qui encouragerait les femmes à quitter leur activité professionnelle», c’est le conseil que l’ancien conseiller du gouvernement Bert Rürup avait donné au monde politique en 1999. Et depuis, l’activité professionnelle des mères de famille est devenue la pierre angulaire d’une croissance constante. Et de cette croissance, l’Allemagne en a bien besoin pour surmonter les coûts grandissants de la faible démographie du pays.

Kostas Petropulos, journaliste à Die Zeit, livrait récemment une analyse de la situation:

«Pour maintenir la croissance, les gouvernements ne cessent, depuis le tournant du siècle, de façonner la législation fiscale, sociale et familiale: Les coûts générés par la garde des enfants sont à présent de plus en plus déductibles auprès des impôts; Les provisions destinées à couvrir la retraite sont plus élevées si les deux partenaires travaillent. L’allocation parentale d’éducation («Elterngeld») est alignée sur le revenu du foyer. En un mot, le marché du travail compte plus que la politique familiale.»

En Allemagne, l’opinion ne regrette pas l’époque où la femme au foyer était le principe directeur des politiques familiales. Et pour les femmes, l’autonomie financière et la reconnaissance sont devenues une évidence. Cependant, cette nouvelle politique familiale, fondée sur l’argent, ne crée pas pour autant de baby-boom, poursuit le quotidien.

«L’allocation parentale a accéléré la tendance de la maternité tardive, puisqu’elle s’aligne sur les revenus des parents. Les jeunes couples trouvent donc beaucoup plus intéressant d’attendre d’avoir un bon revenu pour faire leur premier enfant. Or ces dernières années, les 20 plus grandes entreprises du DAX ont décidé de remplacer une partie de leurs postes fixes par des recrutements d’intérimaires qualifiés.»

En ces temps de crise, le risque de catastrophe démographique n’est pas à négliger. Entre 1990 et 2000, la Suède a subi une forte récession économique. A cette époque, le taux de natalité était passé de 2,1 à 1,5 enfants par femme.

A ce propos, Die Welt revenait récemment sur un sondage de l’institut Forsa effectué auprès de personnes sans enfant. Le constat semble être sans appel: «Les citadines diplômées d’Allemagne de l’ouest renoncent de plus en plus à enfanter». Die Zeit, de son côté, insiste sur un autre aspect de l’étude :

«La sécurité de l’emploi passe bien avant le désir d’enfant. Et 80% des sondés sont d’avis que la société actuelle met d’avantage en valeur la performance professionnelle que la force de la famille. De plus, ceux qui ne souhaitent pas d’enfants perçoivent les parents de leur entourage comme des gens stressés et peu enviables. Et voilà le cœur de la misère allemande: Pour de nombreux parents potentiels, les enfants constituent un frein à l’épanouissement personnel.»

Photo: Un bébé photographié sur une feuille dans un zoo de Rotterdam. REUTERS/Jerry Lampen

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