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Les sourds ont aussi le droit d'apprécier un concert

Slate.fr, mis à jour le 05.03.2011 à 9 h 21

Les sourds et malentendants ont aussi le droit d'apprécier les concerts, et surtout d'en comprendre les paroles. Alors que les fans de Lady Gaga, David Bowie, Bon Jovi, AC/DC ou Cee-Lo souffrant d'un mauvaise audition assistent régulièrement aux concerts de leurs artistes favoris, on trouve encore trop peu d'interprètes en langue des signes auxdits concerts, rapporte le Washington Post, qui souligne les difficultés rencontrées par les interprètes.

Afin d'enrichir l'expérience de la musique, de plus en plus d'interprètes se forment à l'adaptation en langue des signes des paroles de chansons pour intervenir lors des concerts, comme Traci Randolph ou Liz Leitch, toutes deux fans de Bon Jovi. L'année dernière, par exemple, plus de 1.100 interprètes se sont inscrits à l'examen théorique (suivi, s'il est réussi, de l'examen pratique), contre seulement 650 en 2006.

Randolph et Leitch s'entraînent ensemble et discutent de la manière d'interpréter telle ou telle strophe de la chanson. Il s'agit bien de traduction, le langage des signes n'employant pas les concepts habituels du langage oral. Comment traduire en effet «Love Game» de Lady Gaga, et à quel point est-ce métaphorique, voilà les questions que se posent les membres de l'agence d'interprétation («first chair interpreted productions») fondée en 2009, souvent inscrits aussi au registre des interprètes pour sourds (RID), l'organisation professionnelle qui régit les interprètes.

En plus d'apprécier l'ambiance générale, le côté social, les sourds et malentendants ressentent souvent des vibrations particulières du son, en dépit de leur handicap: «les vibrations que l'on peut capter sont géniales», écrit Ian Aranha, sourd depuis l'âge de 9 ans, repris dans le Seattle Times. «On peut en fait sentir la musique de meilleure manière que la plupart des "entendants"».

L'interprétation, la manière de «communiquer l'essence des paroles d'un artiste au delà des mots eux-mêmes», doit être fournie à la demande par les artistes ou leur équipe, qui contactent alors une des agences compétentes. Le prix pour un interprète: entre 300 et 400 dollars, précise le Seattle Times.

D'autres expériences ont été tentées, comme à Toronto avec l'«émoti-chaise», un fauteuil bardé de hauts parleurs et d'appareils capables de reproduire la vibration du son, calibrés pour «traduire la musique et les sons en mouvements». Le blog The Way bands do it rapporte ainsi qu'en 2009, lorsque ces fauteuils furent testés pour la première fois lors d'un concert «accessible aux sourds et malentendants», proposant l'«émoti-chaise» ainsi que des surtitres, des procédés de visualisation de la musique et des interprêtes en langue des signes, «il a semblé alors que les sourds étaient capables d'identifier les mêmes émotions qu'une personne entendante».

Ci-dessous, une interprète traduit «My Humps» des Black Eyed Peas pendant un de leurs concerts:

Photo: untitled [ASL interpreter], Elliot Moore via Flickr, CC-Licence-by

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