Life

Hollywood et la mort du cinéma

Slate.fr, mis à jour le 28.02.2011 à 17 h 56

La plupart des films actuellement sur nos écrans de cinéma ne proposent pas de scénarios originaux. Ce n'est pas une nouveauté, et cette constatation n'est pas démentie par la liste des prochains films: «Quatre adaptations de comics. Une “préquelle” d'une adaptation d'un comics. Une suite d'une suite d'un film sur un jouet. Une suite d'une suite d'une suite d'un film adapté d'un manège. Une préquelle d'un remake. Deux suites de dessins animés. Une suite d'une comédie. Une adaptation d'un livre pour enfants. Une suite avec un 4 dans le titre. Deux suite avec un 5 dans le titre*» écrit Mark Harris de GQ.com dans un article consacré à la panne de créativité à Hollywood.

Pourtant chaque année au moment des Oscars, on se réjouit du fait que tant de réalisateurs puissent concrétiser leurs rêves, David Fincher, les frères Coen ou Darren Aronofsky par exemple. Selon, ce rêve au cours duquel on s'auto-congratule, en se disant que vraiment le cinéma de nos jours est excellent, n'est qu'un mirage qui dure quelques six ou huit semaines. Puis revient l'été, toujours plus tôt, et sa cohorte de blockbusters au mieux divertissants. Harris continue son argumentaire et revient sur ce qui annonça selon lui la chute du système hollywoodien: Top Gun, en 1987. Réalisé par Tony Scott, il fut produit par Don Simpson et Jerry Bruckheimer, qui plus tard sera aussi le producteur des Benjamin Gates, des Pirates des Caraïbes ou de l'Apprenti Sorcier. Il arrive toutefois après les Dents de la Mer (1975) qui avait réellement défini ce qu'était un film de l'été et un blockbuster (8 millions de dollars de budget, plus de 124 millions de dollars de recettes).

L'époque de Top Gun lança dans la course des producteurs et réalisateurs ayant compris que les entrées en salle dépendaient d'un facteur principal, la manière de promouvoir un film, de le rendre spectaculaire grâce à des affiches ou des bandes annonces explosives, même si le film ne l'est pas. La problématique du «Est-ce que ce film sera bon?» est devenue celle du «Est-ce que ce film peut être vendu?», rendant chaque film plus proche d'une marque commercialement exploitable. Âgés maintenant d'une quarantaine d'années, les producteurs qui ont marché dans les pas de Bruckheimer décident aujourd'hui du destin des films de studios, avec leurs idées esthétiques venues de l'époque de Top Gun.

Malheureusement, l'époque présente pose le problème des limites d'un tel système, écrit Mark Harris: on ne peut pas continuer à sortir sans cesse des suites, des préquelles ou des adaptations sans «originalité» (au sens de scénario original), au risque de voir le public se lasser des grosses productions. Les producteurs n'ont pas forcément envie de se risquer à financer un film totalement original. La plupart des studios ont ainsi fait la sourde oreille à Inception, qui était pourtant préparé pour être un blockbuster (acteur principal connu et renommé, réalisateur lui aussi renommé grâce aux nouvelles adaptations de Batman, et acteurs secondaires nominés ou déjà détenteurs d'Oscars). Mais tous voudraient soutenir un Inception 2.

Bien sûr, les studios ne sont pas les seuls responsables, en tout cas il serait trop aisé de voir la situation ainsi, écrit Mark Harris. Certes, les studios ou les grands complexes cinématographiques tentent d'employer de nouvelles technologies pour attirer le public (typiquement, le cinéma en relief, ou l'IMAX par exemple). Mais les spectateurs, en choisissant de ne pas aller voir un film dès sa sortie, ou de ne pas le voir en salles, peuvent s'opposer à cette politique.

Jason Bailey, de Flavorwire, reprend avec des extraits de chaque film et de longs commentaires, ce qui pour lui sont les «10 jours qui ont vu la mort du cinéma», commençant avec D.W. Griffith et La Naissance d'une Nation en 1916 à Avatar en 2009.

* Captain America, Cowboys & Envahisseurs, Green Lantern, Thor; X-Men: First Class; Transformers 3 ; Pirates of the Caribbean: La Fontaine de Jouvence; La Planète des singes; Cars 2 et Kung Fu Panda 2; Very Bad Trip 2; Winnie l'Ourson; Les Schtroumphs en 3D; Spy Kids 4; Fast and Furious 5 et Destination Finale 5; Harry Potter et les Reliques de la Mort Partie 2

Photo: Movie Projector / Flickr daryll_mitchell, CC-Licence-by

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte