Culture

Mort de Suze Rotolo, première muse de Bob Dylan

Slate.fr, mis à jour le 28.02.2011 à 12 h 20

Dans l'ultime scène de la première saison de la série Mad Men, un Don Draper en pleine crise conjugale s’assied dans sa maison, pensif, au son du Don’t Think Twice It’s Alright de Bob Dylan, une de ses chansons d’amour les plus douces-amères. La jeune femme qui l’avait inspirée, Suze Rotolo, compagne du chanteur de 1961 à 1963, est morte le 24 février à l’âge de 67 ans des suites d’une longue maladie, nous apprend Rolling Stone.

Pour beaucoup de dylanophiles, elle était avant tout «la-fille-sur-la-pochette-de-Freewheelin’», le deuxième album de Dylan: au recto, on la voyait au bras du chanteur dans le froid new-yorkais, au coin de Jones Street et West Fourth Street, dans Greenwich Village. Le Village Voice lui rend donc hommage en rappelant qu’elle n’était pas que cela, mais aussi «une artiste talentueuse, [...] une illustratrice, une activiste occasionnelle, [...] une épouse dévouée, une mère fière, une muse, une bonne camarade et, à la fin de sa trop courte vie, un auteur publié».

Pour en revenir à Dylan, Rolling Stone rappelle que Suze Rotolo était «la muse derrière la plupart [de ses] premières chansons d’amour [...] comme Don’t Think Twice It’s Alright, Boots of Spanish Leather et Tomorrow is a Long Time». Les deux premières ont été écrites alors que Rotolo était en voyage en Italie, à l’été 1962, ce qui rendait Dylan malheureux. Sur Don’t Think Twice It’s Alright, il chante:

«I once loved a woman, a child I'm told
I give her my heart but she wanted my soul»

(«J’ai aimé une femme autrefois, une enfant disait-on
Je lui ai donné mon coeur mais elle voulait mon âme»)

Et, sur Boots of Spanish Leather:

«No, there’s nothin’ you can send me, my own true love
There’s nothin’ I wish to be ownin’
Just carry yourself back to me unspoiled
From across that lonesome ocean»

(«Non, il n’y a rien que tu puisses m’envoyer, mon amour
Rien que je souhaite posséder
Reviens juste à moi intacte
De l’autre côté de cet océan solitaire»)

Initiatrice politique et culturelle

En 2008, Suze Rotolo, qui s’était longtemps refusé à parler de sa relation avec Dylan, avait publié ses mémoires, A Freewheelin’ Time: A Memoir of Greenwich Village in the Sixties. «Nous étions à la recherche de poésie, et nous la trouvions l’un dans l’autre. Nous étions tous les deux ultra-sensibles, ce qui rendait notre relation aussi belle que difficile», racontait-elle à l’époque au New York Times.

Le journal expliquait que la jeune femme, qui avait rencontré Dylan à un concert à l'âge de 17 ans, «avait grandi dans le Queens de parents communistes italiens issus de la classe ouvrière sous le maccarthysme» et était «littéraire, artiste et intellectuellement aventureuse», lui attribuant, comme beaucoup, une partie de l’éveil politique et culturel du chanteur. Elle l’aurait notamment initié à William Blake, Arthur Rimbaud ou Bertolt Brecht, mais aussi à ses idées politiques, notamment au mouvement des droits civiques, alors qu’à l’époque, selon Rolling Stone, il «était en gros apolitique et jouait un répertoire surtout constitué d’antiques folk-songs».

Le couple rompra à la fin de l'année 1963, Suze Rotolo souffrant de la célébrité de Dylan, qui avait de son côté entamé une relation avec Joan Baez. Le chanteur lui consacrera une chanson après leur rupture, Ballad in Plain D, sur l’album Another Side of Bob Dylan. Un morceau parfois élégant («I think of her often and hope whoever she's met will be fully aware of how precious she is»: «Je pense à elle souvent et j’espère que quiconque la rencontrera sera conscient de combien elle est précieuse») mais aussi très critique, notamment envers sa soeur, qualifiée de «parasite». En 1985, Dylan dira que c’est la seule chanson qu’il regrette avoir écrite.

Photo: la pochette de l'album The Freewheelin' Bob Dylan (Columbia).

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