Monde

L'armée américaine a voulu manipuler psychologiquement ses élus en Afghanistan

Slate.fr, mis à jour le 25.02.2011 à 12 h 15

Des élus américains de haut niveau, dont l’ancien candidat à la présidentielle John McCain et l’ancien candidat à la vice-présidentielle Joe Lieberman, auraient été les cibles potentielles de manipulations psychologiques en Afghanistan: c’est le scénario que révèle le magazine Rolling Stone, selon qui un lieutenant-général, William Caldwell, «a ordonné illégalement à une équipe de soldats spécialisés dans les “opérations psychologiques” de manipuler des sénateurs en visite afin qu’ils fournissent plus de troupes et de financements à la guerre».

Pour cela, le gradé voulait notamment que l’équipe en question assemble des informations sur ces visiteurs prestigieux afin de s’en servir comme outils de pression ou d’influence. Une stratégie qui, selon Rolling Stone, équivaut à voir un président «demander à la CIA d’assembler en secret des dossiers sur ses opposants au Congrès» et montre «à quel point le commandement américain en Afghanistan est désespéré quant à la façon d’obtenir que les dirigeants civils soutiennent une guerre de plus en plus impopulaire».

«Mon boulot dans les opérations psychologiques est de jouer avec l’esprit des gens, d’obtenir que l’ennemi se comporte comme nous le voulons. Je n’ai pas le droit de faire ça à nos propres gars. Quand on me demande d’utiliser ces techniques sur des membres du Congrès, on franchit une ligne jaune», explique à Rolling Stone le lieutenant-colonel Michael Holmes. «Tout le monde dans les opérations psychologiques ou le renseignement sait que vous n’êtes pas supposés cibler les Américains. C’est ce que vous apprenez le premier jour», renchérit un vétéran des «psy-ops».

Un rapport à la Kenneth Starr

Selon le journal, quand l’unité a résisté à l’ordre qui lui était donné «en arguant qu’il violait les lois américaines interdisant l’usage de la propagande contre les citoyens américains, elle a subi une campagne de représailles». Holmes a ainsi fait l’objet d’un rapport disciplinaire «qui se lit comme quelque chose rédigé par Kenneth Starr», le procureur qui a poursuivi Clinton lors de l’affaire Monica:

«L’enquêteur l’accuse de sortir de la base habillé en civil sans permission, d’utiliser de manière inappropriée son poste pour mener ses activités privées, de consommer de l’alcool, de trop utiliser Facebook et d’avoir une relation “inappropriée” avec une de ses subordonnées.»

NPR, qui compare cette idée de «planter» une idée dans la tête des élus à celle du film Inception de Christopher Nolan, reproduit sur son site une dépêche de l’Associated Press selon laquelle le commandement américain en Afghanistan, dirigé par le général David Petraeus, a demandé une enquête sur les révélations de Rolling Stone. L’agence cite anonymement un sénateur qui «se montre confiant sur le fait qu’il y aura un examen des faits, mais minimise l’idée selon laquelle il aurait été manipulé».

Mother Jones rappelle que Michael Hastings, le journaliste de Rolling Stone a l’origine du scoop, est celui qui avait publié le fameux portrait qui avait poussé le général Stanley McChrystal à la démission l’an dernier. Le site note que son article «est pour l’essentiel mono-sourcé sur Holmes», mais que le récit de ce dernier semble «plutôt plausible».

Photo: John McCain le 11 novembre 2010 en Afghanistan. USAID Afghanistan via Flickr CC License by.

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