Monde

Dictatures arabes: notre responsabilité

Slate.fr, mis à jour le 23.02.2011 à 17 h 13

Le 20 janvier 2011 à Tunis. REUTERS/ Finbarr O'Reilly

Le 20 janvier 2011 à Tunis. REUTERS/ Finbarr O'Reilly

Le célèbre chroniqueur du New York Times et prix Pulitzer, Thomas Friedman, spécialiste du Moyen-Orient et de la mondialisation, juge dans un éditorial sans concession que les révolutions arabes sont un signal d'alarme pour l'occident et le reste du monde. Ils doivent le comprendre et vite. Pour lui, l'Amérique comme l'Europe et l'Asie portent une lourde part de responsabilité dans la situation politique, économique et sociale désastreuse des pays du Moyen-Orient.

«Au cours des 50 dernières années, l'Amérique (et l'Europe et l'Asie) ont considéré le Moyen-Orient comme s'il s'agissait seulement d'une série de grandes stations-services; la station saoudienne, la station iranienne, la station koweitienne, la station libyenne, la station irakienne… Notre message dans la région a toujours été le même: “Les mecs, voilà le marché. Gardez vos pompes ouvertes, des prix du pétrole bas, n'embêtez pas trop Israël et pour le reste, vous pouvez bien faire tout ce qui vous plaira. Vous pouvez priver votre peuple de tous les droits de l'homme que vous voulez. Vous pouvez être corrompus autant que vous le voulez. Vous pouvez prêcher dans vos mosquées toutes les intolérances que vous voulez. Vous pouvez publier dans vos journaux toutes les théories du complot que vous voulez. Vous pouvez garder vos femmes analphabètes. Vous pouvez créer des économies entièrement dépendantes d'un Etat providence et sans la moindre capacité à innover autant que vous le voulez. Juste gardez vos pompes ouvertes…”»

C'est cette attitude qui, d'après Thomas Friedman, a isolé le monde arabe de l'histoire lors des 50 dernières années et lui a permis d'être dirigé sans interruption par les mêmes rois et dictateurs. Mais l'histoire est de retour.

«La combinaison de l'envolée des prix des produits alimentaires, du chômage de masse des jeunes et des réseaux sociaux ont permis à ces jeunes de se mobiliser et de s'organiser contre ces dirigeants et de briser les barrières de la peur qui maintenaient ces kleptocraties au pouvoir.» 

Pour autant, prévient l'éditorialiste du New York Times, cela ne va pas être une partie de plaisir parce que «le couvercle vient d'être soulevé sur une région entière caractérisée par des institutions précaires, des sociétés civiles naissantes et virtuellement aucune tradition démocratique ou culture de l'innovation». Le rapport de l'ONU de 2002 sur le Développement humain des nations arabes «nous avertissait de ce qui allait se passer mais la Ligue arabe s'est assurée que le rapport soit ignoré dans le monde arabe et l'occident a regardé ailleurs». Ce rapport qualifié de prophétique et rédigé par un groupe d'intellectuels arabes soulignait trois retards considérables: un retard en matière d'éducation, un retard en matière de liberté et un retard dans le pouvoir donné aux femmes. Ainsi, le PIB de l'ensemble du monde arabe était inférieur à celui de l'Espagne. Les dépenses par tête en matière d'éducation étaient tombées de 20% en 1980 de celles des pays industrialisés à 10%. Le monde arabe traduisait en 2002 environ 330 livres par an, un cinquième de ce que faisait la seule Grèce…

«Voilà le type de “stabilité” tant vantée que tout ces dictateurs ont apporté, la stabilité de sociétés “figées” dans le temps… Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour aider ces pays à se moderniser. Mais nous ne devons pas avoir d'illusions sur combien sera difficile et convulsif le retour des arabes dans l'histoire», écrit Thomas Friedman.

Photo: Le 20 janvier 2011 à Tunis. REUTERS/ Finbarr O'Reilly

 

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