Monde

L'Espagne commémore la tentative de putsch du 23 février 1981

Slate.fr, mis à jour le 23.02.2011 à 14 h 54

Le «23-F» a trente ans pile: le 23 février 1981, des éléments de l’armée espagnole emmenés par le lieutenant colonel Antonio Tejero tentaient un putsch, une partie d’entre eux envahissant les Cortes, le Parlement espagnol, et y séquestrant les parlementaires. Une tentative qui allait vite échouer face, entre autres, à la détermination du roi Juan Carlos, au pouvoir depuis six ans et la mort de Franco, qui intervint à la télévision en uniforme pour condamner les putschistes.

Dans son éditorial commémorant les évènements, El Pais estime qu’«un bain de sang aurait difficilement pu être évité si le putsch du 23-F avait réussi», et rappelle que, si ses exécutants juraient vouloir «redresser la situation politique avant de regagner leurs quartiers, on aurait pu dire la même chose de Franco en 1936, et on sait ce qu’il en est advenu». «Ce qu’on sait avec certitude, ajoute le quotidien, c’est qu’ils ont interrompu la démocratie pendant une durée encore incertaine, et qu’en invoquant le nom de l’Espagne pour se justifier, ils violèrent les idées et les sentiments des Espagnols.»

Le quotidien relaie également les résultats d’un sondage dont il conclut que «le souvenir du 23-F reste intact trente ans après»: 46% des Espagnols interrogés affirment avoir un souvenir très clair de l’évènement, contre 37% en 1991, et 73% pensent qu’il faut le commémorer afin d’empêcher qu’il ne se reproduise, contre 48% en 1991.

«Personne ne bouge!»

El Mundo raconte de son côté comment le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, a refusé de répondre à une question du leader de l’opposition de droite, Mariano Rajoy, en s’appuyant sur cette commémoration. «Aujourd’hui n’est pas un jour où j’ai envie de me disputer avec vous. Aujourd’hui, nous sommes le 23 février», a-t-il répondu à son adversaire, qui l’accusait dans l’hémicycle, en présence du roi, d’être «un poids mort pour l’économie espagnole».

Mariano Calleja, du quotidien conservateur ABC, reproduit sur son blog la réplique de Zapatero en la mettant, sans commentaire mais en surlignant certaines phrases, en vis-à-vis du discours qu’il a tenu lors d’une remise de décoration mardi:

«La dernière apparition de la figure du putsch dans nos institutions a été immortalisée par un cri proféré pistolet en main, “Personne ne bouge!” [“Quieto todo el mundo!”, les paroles lancées par Tejero en entrant dans l’hémicycle, visibles sur la vidéo ci-dessous, NDLR], laissant pour l’histoire la trace d’une des affirmations les moins démocratiques qu’on puisse imaginer, puisqu’en démocratie, par définition, personne n’est ou ne reste immobile, personne n’obéit à cet ordre.»

Photo: détail de la une de l'édition spéciale publiée par El Pais le soir du 23 février 1981 (DR).

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