Monde

Ciudad Juarez veut interdire un jeu vidéo

Slate.fr, mis à jour le 22.02.2011 à 16 h 32

Les législateurs de l'État de Chihuahua au Mexique ont appelé dimanche 20 février à l'interdiction de la vente de «Call of Juarez: The Cartel». Le dernier opus d'une série de jeux vidéo ennuie considérablement les autorités de Ciudad Juarez qui regrettent la débauche de violence et la mauvaise image donnée aux habitants. Le jeu inspiré de l'univers des «westerns» mélange drogues et winchesters dans la ville frontalière à l'époque contemporaine.

Ciudad Juarez, ville mexicaine voisine d'El Paso au Texas et lieu de combats entre deux cartels (Juarez et Sinaloa, qui se disputent le territoire), est l'une des plus dangereuses du monde. Quelques chiffres pour s"en persuader:

  • Le 21 février 2011, les autorités locales ont fait le bilan des 72 dernières heures: 53 morts. C'est selon un représentant, Arturo Sandoval «La pire débauche de violence qu'on a vu cette année».
  • Depuis le début de l'année 2011, sans compter ce fameux week-end sanglant, la moyenne de meurtres est de huit par jour.
  • En 2009 et 2010, environ 6.000 personnes y sont mortes à cause de la violence liée à la drogue.

Les élus trouvent donc que le jeu développé par Ubisoft, et dont le slogan est «Prends la justice en mains et expérimente l'Ouest sauvage affranchi des lois», est particulièrement malvenu compte tenu de la situation quotidienne des Mexicains. Un membre du Congrès, Ricardo Boone Salmon, a déclaré que la requête formulée à l'unanimité par les députés avait été envoyée au département de l'Intérieur pour demander solennellement de bannir le jeu.

«Il est vrai qu'il existe une situation criminelle que nous ne cherchons pas à minimiser. Mais nous devons penser aux enfants et ne pas les exposer à ce genre d'images et au manque de valeurs qui en découle. Pour qu'ils ne grandissent pas avec un unique type de scénario.»

Un autre membre du Congrès, Enrique Serrano, a rappelé que les enfants de Ciudad Juarez apprenaient à se protéger dès le plus jeune âge si par exemple des échanges de coup de feu éclatent en salle de classe:

«Les enfants finissent par croire que la violence et le sang sont des choses banales. Parce que c'est l'image que leur renvoie la vie quotidienne et qui est aussi rabâchée à la télévision et dans les jeux vidéo.»

Pour le moment, les développeurs du jeu, Ubisoft Entertainment, annoncent sur leur site la sortie de Call of Juarez pour l'été prochain.

Call of Juarez est un jeu vidéo, «first person shooter» —omniscient— concentré sur l'univers du western. Disponible sur plusieurs supports, la première version est sortie en 2006. Elle a été suivie par un second opus dont l'action se déroulait aussi dans le Far West. Le volet qui pose problème s'est installé entre Los Angeles et le Juarez de l'époque moderne, hybride entre cow-boy et police anti-trafiquants.

Ce n'est pas la première fois que les officiels de Juarez s'inquiètent de l'image donnée par la ville:

  • En 2010, ils avaient fustigé le peu de goût de MAC et obtenu la fin de la commercialisation au Mexique d'une gamme de la marque de cosmétique. Les couleurs de certains produits destinés aux femmes étaient inspirées par la décomposition des cadavres et portaient les noms de «Juarez» ou «Ville Frontière».
  • En outre, de 1993 à 2003, plus de 100 femmes ont été assassinées et abandonnées dans le désert près de Juarez.
  • En 2004, le maire de la ville avait appelé au boycott de la chanson The Women of Juarez interprétée par Los Tigres del Norte, un des groupes les plus populaires du Mexique resté particulièrement vindicatif à l'encontre du gouvernement et de son action pour éradiquer la présence des narcos.


Photo: La policia, Juarez, Mexico Scazon / via Flickr CC License by

Slate.fr
Slate.fr (9125 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte