Culture

Le Seigneur des Anneaux vu du Mordor

Slate.fr, mis à jour le 21.02.2011 à 17 h 08

Il y a une quinzaine d'années déjà, le paléontologue russe Kirill Yeskov eut une idée peu commune. Alors qu'il tentait de transposer quelques problèmes géographiques dans le Mordor fantastique de Tolkien, il choisit d'extrapoler sur ce thème en posant le problème des vainqueurs et de l'Histoire et d'en faire un roman.

En effet, si l'on suppose un instant que le monde de Tolkien est aussi réel que le nôtre, pourquoi est-ce que l'Histoire ne serait pas réécrite de même par ceux qui s'en tirent en héros? Pour la première fois, voilà le roman de Yeskov traduit: bilingue en russe et en anglais, le lecteur Yisroel Markov s'est attelé à la tâche et fournit gratuitement pour tous The Last Ringbearer (Le Dernier Porteur d'Anneau), une version approuvée et corrigée par Yeskov lui-même, affirme-t-il. Comme indiqué sur Slashdot, des problèmes de droits d'auteur avaient jusque là bloqué sa publication, même sur l'Internet.

Les méchants de la version de Tolkien, orcs, gobelins, trolls et autres créatures peu ragoûtantes vomies par le Mordor et les caves d'Isengard lors de la Guerre de l'Anneau, étaient menés par cet unique œil, seule entité survivante de la chute de Sauron, consécutive à la perte de l'Anneau Unique. Personne ne regretta l'oeil lors de sa chute finale, à la suite de la destruction de l'Anneau qui emporta avec elle une partie du Mordor.

Yeskov construit ainsi son roman, presque une fanfiction (même si elle n'en respecte pas les stéréotypes), et présente les personnages que nous connaissions sous un jour bien différent. Comme le résume l'auteure Laura Miller sur Salon.com, Gandalf devient ainsi un belliciste voulant écraser les découvertes scientifiques et technologiques du Mordor, persuadé que la science «détruit l'harmonie du monde et assèche l'âme des hommes».

Allié des elfes assoiffés de pouvoir, il se heurte à la volonté de Saroumane, toujours à la tête du Conseil Blanc (White Council), qui préfèrerait renouer avec le Mordor et faire bénéficier toute la Terre du Milieu des avancées scientifiques et technologiques. Aragorn, incarné par Viggo Mortensen dans l'adaptation cinématographique de Peter Jackson, est ici présenté comme machiavélique et manipulé par Arwen.

Voulant proposer un retour à la réalité par rapport au roman de Tolkien, Yeskov réussit à présenter une histoire politiquement forte, piochant dans l'Histoire mondiale, de la Seconde Guerre mondiale à la Guerre Froide, mais conservant une vision de la société mordorienne en pleine expansion, mi-victorienne mi-steampunk, à la croisée d'un livre d'histoire sur le Mordor et d'un roman de Terry Pratchett. L'«idylle pastorale» des Hobbits et de la Comté est ici mise à mal, au profit d'une ré-humanisation des personnages caricaturés par Tolkien dans ses divers ouvrages.

Photo: Mordor?/ celebdu via Flickr CC-Licence by

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