Monde

Soupçons de plagiat sur Karl Theodor zu Guttenberg, le ministre allemand de la Défense

Slate.fr, mis à jour le 19.02.2011 à 12 h 11

C’est une histoire embarrassante, révélée il a quelques jours par la Süddeutsche Zeitung, et qui ne cesse de prendre de l’ampleur. Karl Theodor zu Guttenberg, le ministre allemand de la Défense, est accusé de plagiat: sa thèse de droit de 475 pages, soutenue en 2006 alors qu’il était député au Bundestag, serait truffée de copiés-collés. Il aurait recopié mot pour mot les propos de dizaines de journalistes, d’essayistes et de chercheurs; des blogueurs recensent jusqu’à 75 passages volés. Dans son édition du vendredi 18 février, la Berliner Zeitung a même poussé un peu plus loin les révélations:

«Le ministre aurait repris le contenu des travaux d’un jeune étudiant en droit, rendu anonyme et posté sur internet par son professeur en guise d’exemple de devoir réussi. […] La mention "Droits de reproduction réservé" avait été ajoutée.»

Vendredi matin, avant que cette petite nouveauté ne sorte, Karl Theodor zu Guttenberg avait déclaré qu’en attendant que toute la lumière soit faite sur cette affaire, il était prêt à renoncer temporairement à son titre de docteur en droit. Dans un récit très vivant, la Süddeutsche Zeitung relate comment quelques journalistes triés sur le volet ont été invités au ministère de la Défense pour recueillir la déclaration du ministre:

«Il arrive les lèvres pincées. "Oui", avoue-t-il, "il y aurait eu, pendant l’élaboration de ma thèse, quelques erreurs. Et chacune d’elles me rend extrêmement malheureux. A aucun moment, je n’ai voulu dissimuler sciemment la paternité des propos". Il ajoute que l’écriture de sa thèse lui a pris sept années de travail minutieux et ingrat, sept années pendant lesquelles il officiait aussi comme homme politique et comme jeune père de famille.»

Le successeur potentiel d'Angela Merkel

Guttenberg récuse formellement l’accusation de plagiat et, par là-même, refuse de démissionner. C’est pourtant ce qu’exige l’opposition. La Tageszeitung, quotidien de gauche basé à Berlin, cite les explications du ministre:

«Le pays attend de moi que je me consacre à ma fonction de ministre de la Défense avec toute mon énergie, et je suis capable de le faire.»

L’opposition a fortement réagi. Le chef du groupe parlementaire Vert, Jürgen Trittin, a déclaré à son propos: «C’est la première fois que Guttenberg est confronté au problème de répondre seul de ses actes, sans pouvoir rejeter la faute sur les autres.» De son côté, Gregor Gysi, chef du groupe Die Linke, a déclaré que cette affaire ne pourrait rester sans conséquences. Die Welt, de son côté, ne manque pas de rappeler combien le ministre est «soutenu par sa famille politique, la CSU», en citant un membre éminent du parti:

«Quelques égratignures vont rester, mais la carrière de Guttenberg ne sera pas compromise.»

Il faut dire que Guttenberg, poursuit le journal, est le «Hoffnungsträger» de la CSU, le porteur d’espoir de son parti. En d’autres termes, le successeur potentiel d’Angela Merkel.

Photo: Karl Theodor zu Guttenberg. Bundeswehr-Fotos via Flickr CC License by.

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